Généalogie Dubuc-Landry

Une histoire de familles

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2001 Linda Sonier (1950-2010) Par: L'Acadie NOUVELLE
TRACADIE-SHEILA - À l'Hôpital régional Dr-Georges-L.-Dumont de Moncton, le jeudi 18 février 2010, à l'âge de 59 ans, est décédée Linda Sonier. Elle demeurait à Tracadie-Sheila. Née le 20 août 1950, elle était fille de feu Augustin Losier et de feu Virginie Savoie. Elle laisse dans le deuil deux filles: Sylvie (Bruno Doiron) de Pont-Lafrance et Mélanie (Christian Morais) de Tracadie-Sheila; le père de ses enfants, Raymond Sonier (son ami Obéline); ses frères et soeurs: Wilson (Rose), Elsie (Mike Wood), Murielle (feu Dick Wesener), Shirley (Jean Savoie) et Beulah (feu Jim), tous de Montréal; un ami spécial, Terry Sonier, ainsi que plusieurs oncles, tantes, cousins, cousines, beaux-frères, belles-soeurs, neveux, nieces et de nombreux amies. Deux frères: Elden et Lawrence, l'ont précédée dans la tombe. La dépouille mortelle sera exposée à compter de 19h, le samedi 20 février, à la Maison funéraire Robichaud & Fils, 3875, rue Principale, à Tracadie-Sheila (info@salonrobichaud.com). Les funérailles auront lieu en l'église Saint-Jean-Baptiste de Tracadie, le lundi 22 février, à 11h.
Heures de visites: le samedi 20 février, de 19h à 21h, le dimanche 21 février, de 14h à 16h et de 19h à 21h et le lundi 22 février, de 9h30 jusqu'au départ pour les funérailles. 
Losier, Linda (I3686)
 
2002 Lived in the USA for 10 years after his marriage.
He was a farmer, in the militia, and he was first mayor of l'Acadie in 1845. 
Bourassa, François-Albert (I12615)
 
2003 Au moins une personne vivante ou marquée privée est liée à cette note - Les détails ne sont donc pas publiés. En vie (I1523)
 
2004 Lorraine Thériault (1928 - 2021)

À l’Hôpital de Tracadie, le dimanche 10 octobre 2021, est décédée à l’âge de 93 ans, Mme Lorraine Thériault de Grande-Anse. Elle était l’épouse de Gérald Thériault depuis 65 ans et la fille de feu Adélard Landry et de feu DéliaThériault.
Outre son époux, elle laisse dans le deuil deux belles-sœurs: Émilie (feu Alyre Landry) et Gertrude (feu Valmond Landry); son beau-frère et ses belles-sœurs de la famille Thériault: Réjeanne (Gérald Boudreau), Hilda (feu Dominique Couillard), Paul-André (Jeannette McGrath) et Léa (feu Alvery Boudreau); deux filleuls: Diane Boudreau et Roger Landry, ainsi que plusieurs neveux et nièces.

Mme Thériault était la dernière survivante de sa famille.
Outre ses parents, ses frères: Roméo, Adelbert, Paul, Valmond et Alyre, ainsi que sa sœur, Hedwidge, l’ont précédée dans la tombe.

La dépouille mortelle sera exposée à la Maison funéraire LeGresley de Grande-Anse (322 rue Acadie), le mercredi 13 octobre 2021, à compter de 19h. Les funérailles seront célébrées en l’église Saint-Simon et Saint-Jude de Grande-Anse, le jeudi 14 octobre 2021, à 14h.
Heures de visites: le mercredi 13 octobre, de 19h à 21h et le jeudi 14 octobre, de midi jusqu’au départ pour les funérailles.

Veuillez prendre note que dorénavant pour les visites et pour assister aux funérailles, toutes les personnes présentes devront être doublement vaccinées. Une preuve vaccinale ainsi qu’une preuve d’identité devra être présentées avant d’entrer au salon et à l’église. Le port du masque est obligatoire.

À la mémoire de Lorraine, un don à la Société de l’arthrite ou à la Fondation des maladies du cœur serait apprécié.

Les arrangements funéraires sont sous la direction de la Maison Funéraire LeGresley de Grande-Anse. Vos messages de condoléances peuvent être acheminés par l’entremise de notre site. 
Landry, Lorraine (I16026)
 
2005 Lors de l'attaque à Lachine, elle est tuée par les Iroquois. Brandon, Anne (I24626)
 
2006 Lors de son mariage avec Michel Baugis en octobre 1661,
Madeleine Dubois était enceinte de Marie-Madeleine, fille de Jean Royer. 
Famille: Michel Baugis / Madeleine Dubois (F10642)
 
2007 Lors du recensement de 1881, elle était écolière.
Avant son mariage, elle était institutrice à l'Isle-Verte. 
Viel, Rachel (I2507)
 
2008 Lors du recensement de 1881, il était écolier. Viel, Alexis (I2508)
 
2009 Lors du recensement de mars 1901, Jean Bouchard et Vitaline Guay, demeurent au domicile familliale de leurs fils, Joseph Bouchard et Marie-Louise Cayer. Guay, Vitaline (I10891)
 
2010 Louis Alexandre Taschereau, né à Québec, le 5 mars 1867, fils de Jean-Thomas Taschereau, avocat et juge à la Cour suprême, et de Marie-Louise-Joséphine Caron.

A étudié au séminaire de Québec et à l'université Laval. Récipiendaire des médailles Tessier, Angers, lord Stanley of Preston, gouverneur général. Fit sa cléricature auprès de Me François Langelier. Admis au barreau de la province de Québec le 9 juillet 1889. Créé conseil en loi du roi le 30 juin 1903.

Commença sa carrière au cabinet de Charles Fitzpatrick et de Simon-Napoléon Parent, puis exerça par la suite sa profession avec Lawrence Arthur Cannon et Georges Parent (député à la Chambre des communes de 1904 à 1911 et de 1917 à 1930, puis sénateur de 1930 à 1942). S'associa également à Léon Casgrain et à ses deux fils, Paul et Robert Taschereau. Syndic du barreau de Québec en 1908. Bâtonnier du barreau de Québec de 1911 à 1913 et du barreau de la province en 1912 et 1913. Journaliste à l'Action libérale. Occupa également le poste de directeur et vice-président de la Banque d'économie de Québec et fut membre des conseils d'administration des banques et entreprises suivantes : Barclay Bank (Canada) Ltd., Royal Trust, Caisse d'économie, Molson Bank, Banque de Montréal, Canadian Investments Funds, Sun Life Assurance Co. of Canada, Metropolitan Life Assurance Co., Liverpool & London & Globe Insurance Co., Pioneer Insurance Co., Globe Indemnity Co. et Manitoba Liverpool Insurance Co.

Échevin du quartier Saint-Pierre au conseil municipal de Québec en 1906 et 1907. Candidat libéral défait dans Dorchester en 1892. Élu député libéral dans Montmorency en 1900. Réélu sans opposition en 1904. Son siège devint vacant lors de sa nomination au cabinet. Réélu à l'élection partielle du 4 novembre 1907. Ministre des Travaux publics et du Travail dans le cabinet Gouin du 17 octobre 1907 au 25 août 1919. Élu dans Montmorency et défait dans Charlevoix en 1908. Réélu dans Montmorency en 1912, 1916, 1919 (sans opposition), 1923, 1927 (sans opposition), 1931 et 1935. Procureur général dans le cabinet Gouin du 25 août 1919 au 9 juillet 1920. Premier ministre et président du Conseil exécutif du 9 juillet 1920 jusqu'à sa démission, le 11 juin 1936. Procureur général du 9 juillet 1920 au 13 mars 1936. Ministre des Affaires municipales du 30 avril 1924 au 6 juin 1935. Trésorier de la province du 27 novembre 1930 au 26 octobre 1932. Ne s'est pas représenté en 1936.

Docteur en droit honoris causa de l'université Laval en 1908 et de l'University of Toronto en 1921. Créé officier de la Légion d'honneur en 1924, commandeur en 1927, puis grand-croix en 1934. Créé chevalier de l'ordre de Léopold en 1925 et commandeur de l'ordre de la Couronne de Belgique en 1926. Patron d'honneur des Emprunts de la victoire de 1939 à 1945. Président honoraire conjoint de la campagne nationale de la Croix-Rouge. Gouverneur de la Catholic Church Extension Society in Canada. Vice-président du Quebec Miniature Rifle Club. Président du comité exécutif de l'hôpital Laval. Membre de la Commission des champs de bataille nationaux, des Forestiers indépendants, des Royal Guardians, de l'Alliance nationale, du Club de la garnison et du Club Mont-Royal.

Décédé à Québec, le 6 juillet 1952, à l'âge de 85 ans et 4 mois. Inhumé à Sainte-Foy, dans le cimetière Notre-Dame-de-Belmont, le 9 juillet 1952.

Avait épousé à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, le 26 mai 1891, Adine Dionne, fille d'Élisée Dionne, avocat, et de Clara Têtu.

Source: Assemblée Nationale du Québec 
Taschereau, Louis-Alexandre (I11679)
 
2011 Louis Allain, entrepreneur de moulin et forgeron, est arrivé en Acadie vers 1686. Alain/Allain, Louis (I222)
 
2012 Louis est toujours vivant au décès de sa seconde épouse, Jospehte Hébert. Veronneau/Berger, Louis (I34815)
 
2013 Louis Fréchette, né le 16 novembre 1839 à Haddow Cove, au Québec sous le nom de Louis-Honoré Fréchette. Fils de Louis-Marthe Fréchette et de Marguerite Martineau. Il a épousé à St-Jacques de Montréal, le 10 juillet 1876, Emma-Zoïde Beaudry (fille de Jean-Baptiste Beaudry et de Marie-Anne Dumont). Il est décédé à Montréal, le 31 mai 1908.

Louis Fréchette, le premier Canadien qui fut lauréat de l'Académie française, notre poète national entre 1880 et 1908, le chantre de Vive la France comme Routhier est celui de O Canada, est né à Lévis, en face de Québec, "au pied de la falaise", le 16 novembre 1839. Il est mort à Montréal, le 31 mai 1908, à 68 ans.

Louis Fréchette commença ses études à Québec en 1854 et il les continua à Sainte-Anne en 1857. Ses espiègleries, son esprit d'indépendance et, a t on dit, sa manie de faire des vers à tout propos et hors de propos, sa mauvaise tête en un mot, l'obligèrent à quitter ses classes en 1859. Son père, pour lui donner une leçon, lui enjoignit d'avoir à gagner sa vie. C'est ce pourquoi, à 19 ans, il partit vers les Etats Unis, en quête d'aventures. Mais, à Ogdensburg, il se trouva bientôt, sans le sou, réduit à casser de la pierre dans les rues. Ce ne fut pas long ! Il revint au pays, rentra en grâce auprès de son père et alla terminer ses classiques à Nicolet.

Fréchette suivit son cours de droit à Québec et fut admis au barreau en 1864. Il ouvrit un bureau, mais les clients se firent attendre. Etudiant, il lisait Lamartine et Hugo, peut-être un peu plus que son "code", il écrivait dans Le Journal de Québec et il avait déjà publié son premier volume de vers Mes Loisirs. Avocat, il continua de collaborer aux journaux et de chanter sur sa lyre. Du côté pratique, pour les plaidoiries au palais, ça n'allait guère. Impatienté, il partit en 1867 pour Chicago, où il passa cinq ans et fit encore du journalisme. Mécontent des siens jusqu'à l'outrance, il écrivit et publia une diatribe de tirades vengeresses, où il y a pourtant de fort beaux vers, contre Cartier et les autorités politiques du Canada, qui eut du retentissement, La Voix d'un exilé. Cela l'apaisa un peu, et il revint au pays en 1871. C'est alors qu'il eut une polémique avec Routhier, au sujet des Causeries du dimanche, et qu'il écrivit ses Lettres à Basile. En 1871 également, il se présenta dans Lévis pour la députation à Québec, puis en 1872 pour celle d'Ottawa. Il échoua les deux fois. En 1874, il fut plus heureux, les électeurs l'envoyèrent siéger à Ottawa, et il fut député fédéral pendant quatre ans. Battu aux urnes en 1878, puis en 1882, il renonça à la politique et se consacra exclusivement aux lettres. Pendant les trente ans qu'il a vécu à Montréal (1877 1908), Fréchette fut activement mêlé à la vie sociale de l'époque, allant remplir tous les ans, depuis 1889, ses fonctions de greffier du Conseil législatif à Québec, voyageant beaucoup -- surtout lorsqu'il s'occupa entre 1900 et 1906, de recueillir des fonds, en donnant des conférences, pour l'érection d'un monument à Crémazie, laquelle eut lieu au carré Saint Louis à Montréal le 24 juin 1906 -- écrivant toujours, recevant ses amis avec la plus entière cordialité.

Comme tous les hommes de valeur, actifs et combatifs, Fréchette, de son vivant même, a été âprement discuté. Il n'en demeure pas moins qu'on lui reconnait, en somme, un beau talent, de la verve et de la vie. S'il est parfois, trop souvent, inégal à lui même, nous lui devons, c'est certain, de très belles choses comme expressions de sentiments et comme envolées poétiques. On peut écrire que, disciple et en un sens successeur de Crémazie, il a, chez nous, surtout après son succès à l'Académie française le 5 août 1880, pendant plus d'un quart de siècle, porté le sceptre dans notre petit monde des lettres françaises au Canada. Il a droit d'être classé au premier rang à l'époque où il a vécu.

Source: Planète Généalogie par Michel Amyotte

Å?uvres

Poèmes
* La voix d'un exilé (1866)
* La découverte du Mississippi (1873)
* La Légende d'un peuple (1877)
* Les Fleurs boréales (1879)

Contes et nouvelles
* L'Iroquoise du lac Saint-Pierre (1861)
* Originaux et détraqués (1892)
* Les contes de Jos Violon
* La Noël au Canada (1899)
* Le baiser de Madeleine


Théâtre
* Félix Poutré (1862)
* Le retour de l'exilé (1880)
* Papineau (1880)


Mémoires
* Mémoires intimes (posthume, 1961)
 
Fréchette, Louis Honoré (I12999)
 
2014 Louis Hébert, apothicaire, premier officier de justice en Nouvelle-France, premier colon canadien à tirer sa subsistance lui-même du sol, marié à Marie Rollet, né à Paris en 1575 mort à Québec au mois de janvier 1627.

D'après son descendant, Couillard-Després, il était le fils d'un Louis Hébert qui était apothicaire à la cour de Catherine de Médicis. Des documents, découverts plus récemment à Paris, indiquent que son père était Nicolas Hébert, apothicaire, et que Louis est né au Mortier d'Or, maison située près du Louvre. La nièce de la femme de Nicolas Hébert épousa Jean de Biencourt de Poutrincourt, en 1590. Cette parenté expliquerait l'intérêt que Louis Hébert avait à l'égard des premiers établissements en Acadie et sa présence dans l'expédition de Du Gua de Monts.

Lescarbot, qui se trouvait à Port-Royal en 1606, parle avec respect de son talent de guérisseur et du plaisir qu'il trouvait à cultiver la terre, et il indique, sur sa carte de la région, une île et une rivière qui portent le nom d'Hébert. À l'été de 1606, Hébert accompagna Champlain et Poutrincourt le long de la côte, vers le Sud-Ouest, à la recherche d'autres emplacements propices à la colonisation. Poutrincourt et Hébert furent à ce point enchantés par ce qui est maintenant Gloucester, dans le Massachusetts, qu'ils y firent une petite plantation afin d'éprouver la fertilité du sol. L'un et l'autre voulaient venir s'établir avec leurs familles au Nouveau Monde. Hébert montra au cours de ce voyage que, bien que désireux de se livrer à des occupations pacifiques, il pouvait agir promptement et avec courage en cas d urgence. Avec Champlain, Poutrincourt et plusieurs autres, il sauta presque nu dans une petite embarcation, au milieu de la nuit, en réponse aux cris frénétiques de quelques téméraires qui, restés sur le rivage malgré des ordres sévères, étaient attaqués par des Indiens. Le Jonas, venu de France en juin 1607, était porteur de mauvaises nouvelles : les concessions accordées à de Monts ayant été annulées, la compagnie devait rentrer en France.

En 1610, Hébert se retrouve à Port-Royal avec le groupe que Poutrincourt espère y établir. En tant qu'apothicaire, il soigne les Blancs et les Indiens. Il s'occupe, semble-t-il, des aliments et des médicaments; il prépare et administre les uns et les autres au chef Membertou pendant la dernière maladie de ce dernier. Hébert dirige l'établissement en 1613, lorsque René Le Coq de La Saussaye arrive avec les colons de la marquise de Guercheville, retire les deux Jésuites de Port-Royal et s'en va fonder un nouvel établissement ailleurs. Mais lui et ses compagnons sont faits prisonniers par les Anglais à l'île des Monts-Déserts, cet été-là, et peu après Port-Royal est détruit (novembre 1613). Une fois de plus Hébert est contraint de retourner en France.

À l'hiver de 1616-1617, il renoue connaissance avec Champlain qui est à Paris enquête d'appuis pour sa colonie de Québec. Comme ce poste subsiste depuis neuf ans, Hébert y voit sans doute un lieu de colonisation sûr, étant donné surtout que Champlain lui a obtenu un contrat favorable de la compagnie de traite des fourrures qui a la haute main sur la région du Saint-Laurent. Confiant en ces promesses, 200 couronnes par an pour ses services comme apothicaire, ainsi que le gîte et la nourriture pour lui et sa famille pendant la période du défrichage, Hébert vend sa maison et son jardin à Paris et emmène sa femme, Marie Rollet, et ses trois enfants, Anne, Guillemette et Guillaume, à Honfleur où ils se préparent à s'embarquer. Une fois là, il constate que la compagnie n'a nullement l'intention de faire honneur à ses engagements. Il doit se contenter d'un nouveau contrat qui réduit de moitié son salaire et ses concessions et stipule que les membres de sa famille et son serviteur seront au service de la compagnie sans rémunération. N'ayant pas de choix, il accepte et part avec sa famille le 11 mars 1617.

À Québec, son talent d'apothicaire et sa petite provision de grain furent une bénédiction pour les colons malades et affamés. Bien que lui et ses serviteurs dussent consacrer une grande partie de leur temps à la compagnie, il réussit à défricher et à planter une certaine étendue de terre. Pendant le court séjour que Champlain fit à la colonie en 1618, il y trouva des terres « semées de beau grain » et des jardins où poussaient toutes sortes de légumes.

Pendant bien des années Hébert fut le seul, outre Champlain lui-même, à cultiver la terre. La compagnie fit tout ce qu'elle put pour le détourner de l'agriculture. Champlain et Sagard disent tous deux que les restrictions imposées illégalement par la compagnie à l'activité d'Hébert et à l'écoulement de ses produits l'empêchèrent de jouir du fruit de son labeur.

Lorsque, en 1620, Champlain revint de France muni d'un mandat qui, en principe, lui donnait pleine autorité sur la colonie, il confia à Hébert l'administration de la justice en le nommant procureur du roi. C'est à ce titre que celui-ci signa la pétition adressée au roi par la colonie en 1621. Hébert jouissait en outre de la confiance des Indiens que, contrairement à une foule de ses contemporains, il considérait comme des êtres humains et intelligents, qu'il suffisait de former. Les exemples sont nombreux de leur respect et de leur affection pour lui. Il est aussi question de relations commerciales entre Hébert et Guillaume de Caën mais, puisque le nom d'Hébert est très répandu, il se peut qu'il s'agisse d'une erreur d'identité.

En 1622, il demandait au vice-roi, par pétition, que la propriété de ses terres lui fut reconnue, ce qui fut fait le 4 février 1623. Connus plus tard sous le nom de fief du Sault-au-Matelot, ces terrains comprenaient l'emplacement actuel de la basilique, du séminaire, ainsi que des rues Hébert et Couillard. Le titre de propriété fut ratifié le 28 février 1626 par le successeur du vice-roi, et l'on ajouta quelques acres en bordure de la rivière Saint-Charles, le fief Saint-Joseph, plus tard connu sous le nom de fief de Lespinay, le tout devant être détenu en fief noble.

Hébert avait réalisé son rêve le plus cher, celui de posséder suffisamment de ces terres vierges du Nouveau Monde pour vivre avec sa famille dans l'indépendance. Les prés en bordure de la rivière Saint-Charles offraient les pâturages nécessaires à ses bovins; les terres plus hautes logeaient ses champs de céréales, les jardins potagers et un verger planté de pommiers apportés de Normandie. Hébert avait exécuté tous ces travaux malgré l'opposition de la compagnie. De plus, il les avait exécutés au moyen d'outils manuels, puisqu'il n'avait même pas de charrue. (Ce n'est qu'un an après la mort d'Hébert qu'on put commencer à travailler la terre, à une plus grande échelle, au moyen d'une charrue tirée par des boeufs.)A l'hiver de 1626, Hébert fit sur la glace une chute mortelle. Il fut inhumé le 25 janvier 1627 dans le cimetière des Récollets. En 1678, ses restes, toujours dans son cercueil de cèdre, furent transportés dans le caveau de la chapelle des Récollets, nouvellement construite; avec ceux du frère Pacifique Duplessis, ils furent les premiers à y reposer.

Source: Dictionnaire biographique du Canada en ligne - Ethel M. G. Bennett 
Hébert, Pionnier Louis (I8415)
 
2015 Louis Jolliet, explorateur, découvreur du Mississipi, cartographe, hydrographe du roi, professeur au collège des Jésuites de Québec, organiste, commerçant et seigneur, baptisé à Québec le 21 septembre 1645, fils de Jean Jollyet, charron au service de la Compagnie des Cent-Associés, et de Marie d'Abancourt, décédé en Nouvelle-France en 1700.

L'historien peut-il ne pas déplorer la mauvaise fortune qui semble s'être attachée aux papiers personnels de Louis Jolliet et aux documents le concernant? Des accidents divers et des omissions regrettables ont ménagé comme à plaisir, dans la carrière de ce grand Canadien, des zones de silence et d'obscurite. Ainsi en est-il déjà de sa naissance, dont on ignore le lieu et la date. Vit-il le jour à Québec, à la côte de Beaupré où dans une des seigneuries avoisinantes, territoires qui dépendaient tous, en 1645, de l'église paroissiale de Québec où il fut baptisé? L'acte de baptême du 21 septembre 1645 ne fournit aucune précision là-dessus, non plus que sur la date de naissance de cet enfant « recens natum ».

Louis Jolliet n'avait que cinq ans et demi lorsqu'il perdit son père, le 23 avril 1651. Sa mère se remaria dès le 19 octobre à Gefroy Guillot, qui se noya dans le Saint-Laurent à l'été de 1665. En troisièmes noces, le 8 novembre 1665, Marie d'Abancourt épousa Martin Prévost.

Vers l'âge de 11 ans, Jolliet entra au collège des Jésuites de Québec où il fit ses études classiques. Se destinant au sacerdoce, il reçut les ordres mineurs le 19 août 1662. À cette époque, Jolliet s'intéressait déjà à la musique et partageait avec Germain Morin le titre d'officier de musique du collège. Premier organiste de la cathédrale de Québec, semble-t-il, il y toucha l'orgue à partir de 1664; un document de 1700 affirme qu'il y « à joué des orgues » pendant « beaucoup d'années ».

En 1666, Jolliet que le recensement de cette année-là qualifie de « clerq d'esglise » achevait ses études philosophiques. Le 2 juillet, en compagnie de Pierre Francheville, il soutenait une « these de philosophie ». Mgr de Laval, MM. de Prôuville de Tracy, de Rémy de Courcelle et Talon étaient présents. « Mr. l'Intendant entr autres y à argumenté très bien », note le Journal des Jésuites ; « Mons. Joliet et Pierre Francheville y ont très bien repondu de toute la Logique. » Cette « dispute », comme c'était l'usage, dut se dérouler en latin, langue que possédait bien Jolliet, qui y recourra du reste en 1679 à la baie d'Hudson.

Ne se sentant plus d'attrait pour la vocation sacerdotale, Jolliet quitta le séminaire vers le mois de juillet 1667. En octobre, grâce à une somme de 587ª prêtée par Mgr de Laval, il s'embarquait pour la France. Nous ignorons le but de ce voyage, durant lequel il séjourna à Paris et à La Rochelle, partageant son temps à peu près également entre les deux villes. Il dut réfléchir, cependant, sur l'orientation qu'îl donnerait désormais à sa vie. À son retour à Québec, il était fixé : le 9 octobre 1668, il achetait de Charles Aubert de La Chesnaye une grande quantité de marchandises de traite. Jolliet serait trafiquant! Mais dans cet immense pays de la Nouvelle-France, aux rivières invitantes et aux mirages faciles, une tentation guettait trafiquants et voyageurs: l'exploration. Le ci-devant « clercq d'esglise » allait-il y succomber?

Bien que richement pourvu de marchandises, Jolliet ne serait pas parti pour l'Ouest à l'automne de 1668. Il était certainement à Québec le 14 octobre et, peut-être, au Cap-de-la-Madeleine le 9 novembre, dates bien tardives pour entreprendre un tel voyage; sa présence est encore attestée à Québec le 13 avril 1669, trop tôt pour qu'il fût déjà de retour des Grands Lacs, à moins de supposer qu'il en est revenu avant la fonte des neiges et la débâcle. Mais on peut difficilement admettre qu'un voyageur sans expérience comme l'était Jolliet se soit lancé dans une aventure que redoutaient les plus aguerris et les plus courageux coureurs de bois. Il est plus vraisemblable qu'il ait passé l'hiver à Québec. Comment disposa-t-il alors de ses marchandises de traite? Les réserva-t-il pour un voyage qu'il aurait fait en 1669-1670? Cela n'est pas impossible, quoique nous n'en possédions aucun indice. En 1669, il est vrai, un « sieur Jolliet » partait avec Jean Peré à la recherche d'une mine de cuivre au lac Supérieur; mais on à pu démontrer qu'il s agissait d'Adrien, le frère de Louis. Bref, il faut l'avouer, à l'exception de sa présence à Québec le 13 avril 1669, on ne sait rien de Louis Jolliet de l'automne de 1668 à l'été de 1670.

Le 4 juin 1671, au saut Sainte-Marie, quelques Français « qui étaient sur les lieux en traite » signaient l'acte de prise de possession des territoires de l'Ouest par Daumont de Saint-Lusson. Louis Jolliet était de ceux-là. Il avait vraisemblablement quitté Québec à l'automne de 1670; le 12 septembre 1671, il était de retour. On ignore à quoi il s'employa durant l'année qui précéda son départ pour le Mississipi, mais il est certain qu'il ne remonta pas dans l'Ouest.

Le Mississipi! Fleuve mystérieux qui, pendant près de 15 ans, aura hanté l'imagination des missionnaires et des explorateurs. En 1660 et 1662, sur la foi des Indiens, la Relation rapportait l'existence vers l'Ouest d'une « belle rivière, grande, large, profonde, comparable à notre grand fleuve Saint-Laurent ». Cette rivière, qui débouchait, croyait-on, dans le golfe du Mexique ou, du côté de la Californie, dans la mer Vermeille, n'était peut-être pas le Mississipi, dont le nom n'apparaîtra du reste (sous la forme Messipi) qu'en 1667; du moins les enquêtes des missionnaires sur ce cours d'eau les amenèrent-elles à la connaissance du Mississipi. En 1670, avec les seuls renseignements fournis par les Indiens le jésuite Dablon en réussissait une bonne description. L'année suivante, les sulpiciens Dollier de Casson et Bréhant de Galinée s'intéressaient à leur tour au fleuve qu'ils nommaient Ohio où Mississipi (Ohio, en langue iroquoise, et Mississipi, en langue outaouaise, signifient tous deux belle rivière). Ainsi donc, avant qu'aucun Blanc de la Nouvelle-France ne l'eût vu, et bien qu'il subsistât à son sujet quelques confusions inévitables, le Mississipi était en 1672 relativement bien connu des missionnaires qui, au contact des populations indigènes des Grands Lacs, en avaient acquis certaines notions assez exactes. Restait néanmoins, entier et troublant, le secret de son embouchure: ce fleuve serait-il enfin le passage convoité vers la mer de Chine, hallucinant objet des rêves et des recherches toujours déçus de tant d'explorateurs ?

Talon lui-même n'avait pas échappé à la hantise générale. En 1670, par exemple, il avait chargé Daumont de Saint-Lusson de « rechercher soigneusement [...] quelque communication » avec la mer du Sud. Dès ce moment, l'intendant avait certainement entendu parler du Mississipi; mais les renseignements supplémentaires apportés, dans le courant de 1671, par Saint-Lusson et par la Relation de 1669-1670 éveillèrent en lui un espoir nouveau. Il résolut d'envoyer quelqu'un « à la découverte de la mer du Sud, par le pays des Mashoutins [Mascoutens], et à la grande rivière qu'ils appellent Michissipi qu'on croit se décharger dans la mer de Californie ». Pour ce grand dessein, Talon choisit Louis Jolliet; peu avant de s'embarquer pour la France, en 1672, il proposa son candidat à Frontenac, qui l'agréa. La mission confiée à Jolliet n'était pas tant de découvrir le Mississipi que de constater dans quelle mer se décharge cette « belle rivière »: golfe du Mexique où mer Vermeille? C'était là l'énigme à débrouiller.

Pour le moment, l'explorateur affrontait d'autres problèmes. Talon l'avait prévenu que l'État ne subventionnerait pas son expédition, pas plus qu'il ne l'avait fait pour Saint-Lusson en 1670. Pour se procurer des fonds, Jolliet forma une société commerciale dont les revenus serviraient en particulier à défrayer sa découverte. Le 1 er octobre 1672, François de Chavigny de La Chevrotière, Zacharie Jolliet, Jean Plattier, Pierre Moreau, Jacques Largillier, Jean Thiberge (Téberge) et Louis Jolliet convenaient, devant Gilles Rageot, de « faire ensemble le voyage aux Outaouas, [et de] faire traite avec les sauvages le plus avantageusement [qu'il se pourrait] ». Le 3 octobre, les associés mettaient la dernière main aux Préparatifs et réglaient quelques affaires chez le notaire Rageot. Ils quittèrent probablement Québec le lendemain, avec deux jours de retard par rapport à la date fixée.

Le 8 décembre 1672, Jolliet arrivait à Michillimakinac. Il y remit au père Jacques Marquette une lettre de Claude Dablon, supérieur des Jésuites de la Nouvelle-France, ordonnant au missionnaire de se joindre à l'expédition vers la mer du Sud. En 1670, Marquette avait été sur le point de se rendre, par le Mississipi, au pays des Illinois; mais la détérioration soudaine des relations entre les Hurons, les Outaouais et les Sioux l'avait obligé à rompre son dessein. C'est avec enthousiasme et reconnaissance qu'il accepta d'accompagner Jolliet et de « chercher de nouvelles nations qui nous sont inconnues, pour leur faire connaître notre grand Dieu ». Si Jolliet, envoyé officiel de l'État, représentait les visées économiques et politiques de la Nouvelle-France, Marquette en représentait les aspirations religieuses. Ainsi retrouve-t-on, heureusement conjuguées dans l'expédition de 1673, les deux grandes forces qui sont à l'origine de l,étonnante expansion territoriale de la colonie: les impératifs du commerce et le zèle apostolique.

Jolliet aurait-il passé l'hiver de 1672-1673 au saut Sainte-Marie, occupé aux affaires de la traite, ainsi qu'on l'a prétendu? Plus vraisemblablement, il aura séjourné à la mission Saint-Ignace de Michillimakinac, en compagnie de Marquette. Il lui fallait, d'une part, interroger minutieusement les Indiens sur le Mississipi et les populations riveraines; or Michillimakinac était le centre de ralliement de plusieurs nations, et Marquette, un expert en langues indiennes. D'autre part, Michillimakinac, point de départ du voyage de découverte, était le meilleur endroit où compléter les préparatifs de l'expédition. Un extrait des Voyages du P. Jacques Marquette (rédigés par Dablon) suggère cette interprétation : « Nous prîmes toutes les connaissances que nous pûmes des sauvages qui avaient fréquenté ces endroits-là, et même nous traçames sur leurs rapports une carte de ce nouveau pays, nous y fîmes marquer les rivières sur lesquelles nous devions naviguer, les noms des lieux et des peuples par lesquels nous devions passer, le cours de la grande rivière [Mississipi] et le rumb de vent que nous devions tenir quand nous y serions. » Il n'est pas impossible que Jolliet ait également séjourné quelque temps au saut Sainte-Marie; chose certaine, sa présence au saut n'était pas absolument nécessaire, puisque ses associés et, en particulier, son frère Zacharie veillaient à ses intérêts, lui assurant la tranquillité et les loisirs nécessaires à la mise au point de son grand projet.

Vers la mi-mai 1673, l'expédition se mettait en route. Elle comptait sept hommes, dans deux canots. En plus de Jolliet et de Marquette, le groupe comprenait sans doute quelques associés de Jolliet. Chavigny, présent au fort Frontenac en juillet 1673, n'était toutefois pas du voyage; de même faudrait-il en exclure Zacharie Jolliet, qui serait resté au saut Sainte-Marie. Les autres associés (Largillier, Moreau, Thiberge et Plattier) accompagnaient probablement Louis Jolliet; le septième personnage est resté anonyme. Bref, parmi les découvreurs du Mississipi, deux seulement, Jolliet, le chef de l'expédition, et Marquette sont connus avec certitude; pour le reste, on peut à vrai dire jongler avec des probabilités, mais on n'en tirera jamais qu'hypothèses et conjectures.

Sur le trajet des découvreurs, et davantage sur la chronologie, l'absence d'un journal de voyage laisse planer des doutes. Il semble à peu près sûr toutefois que, de Michillimakinac, les explorateurs se dirigèrent vers l'Ouest, longeant la rive nord du lac Michigan, puis la rive occidentale de la baie des Puants (Green Bay) jusqu'à la mission Saint-François-Xavier (près de De Pere, Wisconsin); de là, ils empruntèrent la rivière aux Renards (Fox River) jusqu'au village des Mascoutens (près de Berlin, Wisconsin). Après une vingtaine de jours de navigation, l'expédition venait d'atteindre la limite des territoires connus. Des Mascoutens, les Français apprirent l'existence à trois lieues seulement! d'un affluent du Mississipi; guidés par deux Indiens, ils firent un « portage de demi-lieue », passant de la rivière aux Renards à la rivière Meskousing (Wisconsin). Le 15 juin, après un voyage de plus de 500 milles, dont 118 sur le Wisconsin, les canots débouchèrent enfin sur le Mississipi. Un sentiment extrême de joie et de triomphe saisit la petite troupe; mais Jolliet se garda d'oublier que la découverte du Mississipi, si exaltante fût-elle, n'était qu'une étape de sa glorieuse mission et qu'il avait promis à Frontenac de voir l'embouchure de ce fleuve.

Poussant leur trouée sur le Mississipi, les Français s'émerveillaient des paysages nouveaux, si différents de ceux qu'ils avaient jusqu'alors connus; bientôt apparurent des oiseaux étranges, des plantes exotiques et de formidables bisons, dont certains troupeaux comptaient plus de 400 têtes. D'Indiens, cependant, on n'en voyait point. Pendant huit où dix jours les rives restèrent obstinément désertes, jusqu'à l'embouchure de l'Iowa où, finalement, les découvreurs aperçurent un premier village d'Illinois, celui des Péorias. Ils y furent accueillis avec force gestes d'amitié et de bienvenue. Reprenant l'aviron, Jolliet et ses hommes poursuivirent leur voyage, que marquèrent encore deux étapes importantes: la rencontre du Missouri et de l'Ouabouskigou (Ohio), deux fleuves imposants qui se perdent dans le Mississipi. Nombreux dans cette région, les Indiens se montraient aussi hospitaliers que les Péorias. Parvenus à l'embouchure de l'Ohio, les Français avaient parcouru, depuis Michillimakinac, quelque 1 200 milles. De nouveau, à mesure que l'on s'éloignait de l'Ohio, la nature et le climat se métamorphosaient rapidement; de même les Indiens devenaient-ils plus méfiants, sinon hostiles; Marquette, bien qu'il parlât six langues indigènes, ne réussissait plus à se faire entendre. La petite troupe s'arrêta enfin au village des Kappas (Quapaws), à 450 milles environ de l'Ohio.

Les Kappas habitaient sur la rive droite du Mississipi, un peu en deçà de la frontière actuelle de l'Arkansas et de la Louisiane, à 34° 40΄. Là devait se terminer le voyage de Jolliet. L'hostilité croissante des Indiens, le danger de tomber bientôt entre les mains des Espagnols avec lesquels les nations de l'Arkansas avaient commerce, la certitude acquise auprès des indigènes qu'ils n'étaient plus qu'à 50 lieues de la mer, en réalité, ils en étaient éloignés de 700 milles et la crainte de compromettre les résultats de l'expédition décidèrent Jolliet et ses compagnons à rebrousser chemin. Dans la seconde quinzaine de juillet, les canots étaient lancés à contre-courant dans le Mississipi; le voyage de retour s'effectua par la rivière des Illinois, le portage de Chicago et le lac Michigan jusqu'à la baie des Esturgeons (Sturgeon Bay); grâce à un nouveau portage, les canotiers passèrent dans la baie des Puants et descendirent à la mission Saint-François-Xavier, qu'ils atteignirent vers la mi-octobre.

Louis Jolliet avait rempli sa mission. Il n'avait pas vu l'embouchure du Mississipi, mais il avait suffisamment progressé vers le Sud pour acquérir la certitude que le fleuve se déchargeait dans le golfe du Mexique. Cette nouvelle déçut profondément tous ceux qui croyaient déjà tenir le passage vers la mer de Chine; à ce point qu'on ne sut pas toujours évaluer à son juste prix l'apport très important de Jolliet à la connaissance de la géographie nord-américaine et à l'expansion territoriale de la Nouvelle-France. Mais la hantise de l'Ouest était si fortement enracinée et les espoirs si vivaces que l'on se remit aussitôt à rêver d'un autre passage, cette fois par l'un des affluents du Mississipi.

Jolliet passa l'hiver de 1673-1674 au saut Sainte-Marie, occupé à faire des copies de son journal de voyage et de la carte qu'il avait dressée au cours de son expédition. Vers la fin de mai 1674, laissant à la garde des Jésuites les doubles de ces précieux documents, il s'embarquait pour Québec. Arrivé au saut Saint-Louis, vers la fin de juin, il fit naufrage: deux Français et un petit esclave illinois qu'on lui avait donné lors de la descente du Mississipi se noyèrent; Jolliet, seul survivant, fut sauvé de justesse « après avoir été quatre heures dans l'eau »; la cassette qui renfermait son journal, sa carte et ses papiers personnels disparut dans les flots. Le découvreur n'en fut pas quitte pour autant: les copies de son journal et de sa carte laissées au saut Sainte-Marie furent détruites dans un incendie; et, pour boucler le cercle de la malchance, le journal de Marquette ne nous est pas parvenu. L'historien n'a donc, sur la découverte du Mississipi, que les renseignements fournis de mémoire par Jolliet et des documents de seconde main, en particulier le récit de Dablon. De là, de nombreuses lacunes: qui dira, par exemple, si Jolliet à officiellement pris possession, au nom de la France, des territoires découverts en 1673?

De retour du Mississipi, Jolliet songeait à se fixer. Le 1er octobre 1675, il signait un contrat de mariage avec Claire-Françoise Byssot, âgée de 19 ans, fille de François Byssot et de Marie Couillard, laquelle venait d'épouser en secondes noces (7 septembre 1675) Jacques de Lalande. La cérémonie religieuse fut célébrée dans la cathédrale de Québec le 7 octobre. L'année suivante, Jolliet demanda à Colbert la permission de s'établir, avec 20 hommes, au pays des Illinois qu'il avait découvert. La réponse, datée du 23 avril 1677, fut négative: « il faut, écrivait le ministre, multiplier les habitants avant de penser à d'autres terres » .

Ce refus ne prit pas Jolliet au dépourvu. Dès sa rentrée du Mississipi, il était revenu à son activité commerciale; mais, ensuite de son mariage avec Claire Byssot - dont le père avait trafiqué dans la région des Sept-Îles où la famille avait encore des intérêts - Jolliet délaissa les pays d'en haut pour la côte nord du Saint-Laurent. Le 23 avril 1676, il joignait la société formée de Jacques de Lalande, son beau-père, de Marie Laurence, veuve d'Eustache Lambert, et de Denis Guyon; le 2 mai, les associés louaient la barque de Guyon pour les besoins de la traite aux Sept-Îles. Jolliet et Lalande ne tardèrent pas, toutefois, à se procurer leur propre bateau: le 2 novembre 1676, ils achetaient de Michel Leneuf de La Vallière une caiche à bord de laquelle ils firent le voyage aux Sept-Îles le printemps suivant.

Rapidement, Jolliet compta parmi les marchands importants. Le 20 octobre 1676, par exemple, il était au nombre des habitants réunis par Duchesneau pour fixer le prix du castor. Deux ans plus tard, le 26 octobre 1678, il était l'un des notables de la colonie consultés par Frontenac sur la traite des boissons enivrantes. L'opinion nuancée de Jolliet fut celle qu'adopta Louis XIV dans l'ordonnance du 24 mai 1679 permettant la traite de l'eau-de-vie à l'intérieur de la colonie, mais l'interdisant dans les bois.

Avec l'agrément de Frontenac, au printemps de 1679, Josias Boisseau, agent des fermiers de la Traite de Tadoussac, et Charles Aubert de La Chesnaye chargèrent Jolliet de « faire la visite des nations et des terres du domaine du roi en ce pays ». En vertu de sa commission, l'explorateur allait se rendre jusqu'à la baie d Hudson. Il est difficile, cependant, de dire avec précision le but de ce voyage; mais on peut supposer que Jolliet se vit assigner un double objectif: évaluer l'influence anglaise sur les peuplades du bassin hudsonien et, peut-être, jeter les bases d'une alliance commerciale avec les Indiens du Nord. Selon le père Crespieul, qui travaillait dans la région du lac Saint-Jean en 1679, le rôle de Jolliet était d'» establir la Traitte et la Mission de St François Xavier à Nemiskau ». Ce témoignage n'infirme pas la double hypothèse formulée plus haut; il semble assuré, en effet, que la tâche confiée à Jolliet ne concernait pas uniquement le poste de traite où la mission de Nemiskau, qui ne fut qu'une étape dans son expédition.

Le voyage de 1679 n'en était pas un de découverte. Après trois tentatives infructueuses des Français pour atteindre la baie d'Hudson, par, mer (Jean Bourdon en 1657) et par terre (les jésuites Claude Dablon et Gabriel Druillettes en 1661; Guillaume Couture en 1661 et 1663), le jésuite Charles Albanel, accompagné de Paul Denys de Saint-Simon et de Sébastien Pennasca, avait en effet touché l'embouchure de la rivière Nemiskau en juin 1672. Le jésuite refit le voyage en 1674. Ces précédents n'atténuaient pas pour autant la terrible difficulté des chemins: « Il y a, affirmait Albanel, 200 sauts où chutes d'eau, et partant 200 portages [ ] : il y à 400 rapides ».

Le 13 avril 1679, Jolliet s'embarquait à Québec avec huit hommes, dont son frère, Zacharie. Deux Indiens, qui leur servirent de guides, se joignirent à eux probablement en cours de route. L'expédition adopta, semble-t-il, l'itinéraire suivant : Saguenay, lac Saint-Jean, rivière et lac Mistassini, rivière à la Marte (Marten) jusqu à Nemiskau, et rivière Nemiskau, qui débouche dans la baie de Rupert, au sud de la baie James. Le voyage, estimait Jolliet, avait été de 343 lieues, « à cause des détours ». Dans la baie, l'explorateur rencontra des Anglais qui l'accueillirent avec beaucoup de civilités et, en particulier, le gouverneur Charles Bayly qui lui donna des galettes et de la farine pour le retour. Bayly avait entendu parler de Jolliet et de sa découverte du Mississipi; il complimenta le Canadien, l'assurant que « les Anglais font état des découvreurs ». Après avoir complété ses renseignements et repoussé une offre alléchante du gouverneur qui l'invitait à se mettre au service des Anglais, Jolliet prit congé de ses hôtes. Il revint par les rivières Nemiskau et à la Marte, traversa les lacs Mistassini et Albanel et, par la rivière Temiscamie, passa dans la Péri-bonca, le lac Saint-Jean et le Saguenay. Le 25 octobre, il rentrait à Québec.

Au cours de son voyage, Jolliet avait acquis la certitude que les Anglais faisaient à la baie d'Hudson « le plus beau commerce du Canada ». Ils « cueillaient » le castor « tant qu'ils voulaient » et espéraient même « rendre cet établissement plus considérable à l'avenir ». Le cercle de leur influence s'élargissait sans cesse et, chaque printemps, les rivières du bassin hudsonien charriaient vers les postes anglais les canots lourdement chargés de nations aussi nombreuses qu'éloignées. « Il n'y à point de doute que si on laisse les Anglais dans cette baie, [ils] ne se rendent maîtres de tout le commerce du Canada en deça de six [dix ?] ans. » Les Outaouais, en effet, qui sont les fournisseurs des Français « ne font point de castor, mais les vont quérir aux nations de la baie des Puants où à celles des alentours du lac Supérieur » ; or, il est à craindre que ces nations ne préfèrent porter leurs fourrures directement aux Anglais, ainsi que certaines ont commencé de le pratiquer. Et Jolliet d'inviter discrètement Sa Majesté à « faire sortir les Anglais de cette baie » ou, tout au moins, à « les empêcher de s'établir plus loin, sans les chasser ni rompre avec eux ».

Conscient des suites désastreuses qu'aurait, sur la Traite de Tadoussac, une poussée anglaise à la baie d'Hudson, Jolliet savait aussi combien son propre commerce sur la côte nord était menacé. Son intérêt dans cette région contiguë au Domaine du roi était d'autant plus vif que, le 10 mars 1679, l'intendant Duchesneau lui avait concédé, en copropriété avec Jacques de Lalande, les îles et îlets de Mingan. Jolliet, cependant, ne manquait ni d ambition ni d'optimisme. En mars 1680, il obtenait de Duchesneau l'île Anticosti. Il se proposait d'y établir, comme à Mingan, des pêcheries de morues, de loups marins et de baleines et « par ce moyen [de] commercer en ce païs et dans les Isles de l'Amerique ».

Cette seconde concession valut à Jolliet l'opposition farouche de Josias Boisseau, agent du Domaine du roi, qui venait de se brouiller avec Aubert de La Chesnaye, oncle de Jolliet. Lalande et Jolliet auraient, par le commerce qu'ils entretenaient avec les Indiens des Sept-Îles, porté préjudice aux fermiers du Domaine de Sa Majesté. Comptant sur l'appui de Frontenac, Boisseau exigea en vain l'annulation de la concession d'Anticosti et de certaines permissions d'aller en traite accordées par Duchesneau à Jolliet et ses associés. L'agent du Domaine fit beaucoup de bruit, lança des accusations non fondées et se livra à de tels excès de langage et de conduite qu'à l'été de 1681 il fut destitué et rappelé en France.

En dépit des réclamations intempestives et des frasques de Boisseau, Jolliet poursuivit son commerce sur la côte nord. Dès 1680 où 1681, il avait une habitation à Anticosti, où il passait la belle saison avec sa famille et quelques serviteurs; l'hiver, il résidait à Québec. À cause de la rareté des documents le concernant pendant les années 1680-1693, en 1682, ses papiers brûlèrent dans un incendie, on sait peu de choses de l'activité de Jolliet entre ses voyages à la baie d'Hudson (1679) et au Labrador (1694). Il exploitait ses pêcheries de Mingan et d'Anticosti; mais il est impossible de dire s'il trafiqua dans les Îles d'Amérique. Au cours de ses fréquents déplacements, Jolliet avait mis au point une carte du fleuve et du golfe du Saint-Laurent, qui fut envoyée au ministre en 1685. À cette occasion, Brisay de Denonville sollicita pour Jolliet la charge de professeur de navigation. Cette récompense ne lui fut pas accordée. En 1690, la flotte commandée par Phips s'empara de la barque de Jolliet, confisqua des marchandises évaluées à 10 où 12 0004ª et fit prisonnières la femme et la belle-mère du découvreur; deux ans plus tard, deux navires anglais saccagèrent et brûlèrent ses établissements de Mingan et d'Anticosti. Jolliet était ruiné.

En 1689 peut-être, Jolliet avait fait, si l'on en croit un document de 1693, un voyage au Labrador. Il rêvait d'y retourner, mais avait besoin d'une subvention que la cour semblait peu disposée à lui accorder. Heureusement, un commerçant de Québec, François Viennay-Pachot, vint à la rescousse et accepta de défrayer l'entreprise. Plusieurs explorateurs Davis, Waymouth, Knight, Jean Bourdon, Chouart Des Groseilliers et Radisson avaient déjà navigué sur les côtes du Labrador, mais aucun n'en avait rapporté une description un peu précise où même une carte. Le premier, Jolliet allait révéler le secret de cette région qui s'étendait de la rivière Saint-Jean (15 milles à l'ouest de Mingan) à l'actuel Zoar, situé par 56° 8 de latitude.

À Québec, le 28 avril 1694, Jolliet s'embarquait sur un vaisseau armé de 6 pierriers et de 14 canons et appartenant à Pachot; l'équipage comprenait 18 personnes, dont un récollet. On mouilla d'abord à Mingan, où Jolliet séjourna plus d'un mois pour faire la traite et reconstruire les bâtiments incendiés par les Anglais. Le 9 juin, on mettait à la voile pour le Labrador. Jolliet longea la côte, qu'il décrivit et cartographia systématiquement, tout en trafiquant au hasard des rencontres. Peu après le 9 juillet, le navire franchissait la pointe du Détour (cap Charles) et entrait dans les eaux non connues. Poursuivant sa lente navigation, Jolliet cartographia le littoral et décrivit les Esquimaux avec qui'il entrait en relations. À la hauteur de Zoar, l'explorateur décida de rebrousser chemin. La saison était avancée et le navire, pourvu de mauvais cordages, n'aurait pas supporté les gros temps de l'automne; par ailleurs, le commerce avec les rares Esquimaux de la côte ne pouvait « payer ce que le vaisseau coûtait tous les jours »; enfin, le navire transportait du sel « qu'il fallait employer en morue ». Le 15 août, Jolliet prenait le chemin du retour. Il atteignit Québec vers la mi-octobre, après avoir fait la pêche et s'être vraisemblablement arrêté à Mingan pour embarquer sa femme et ses enfants qui y avaient passé l'été.

Jolliet se hâta de mettre au point son journal de voyage. Ce document relativement considérable comporte, outre une description des côtes du Labrador et de leurs habitants, 16 croquis cartographiques. C'est la première relation du littoral compris entre le cap Charles et Zoar, d'où son importance historique; de plus, c'était en 1694 la peinture la plus complète et la plus précise qui eût été faite des Esquimaux. Quant aux territoires visités, Jolliet en trouve la terre ingrate et les habitants rares; il note la disparition rapide de la morue dès qu'on procède vers le Nord; le seul trafic possible avec les Esquimaux est celui des huiles de baleine et de loup marin, mais encore faudrait-il compter sur la morue « pour payer une partie des frais ». Jolliet n'est pas rebuté pour autant: il sollicite le privilège, qui ne lui sera pas accordé, de trafiquer seul, pendant 20 ans, avec les Esquimaux du Labrador.

En automne 1695, parce que la saison était avancée et la navigation dangereuse dans le fleuve et le golfe, il fut désigné par le gouverneur et l'intendant pour piloter la Charente: il était « peut-être le seul dans ce pays, selon Frontenac, capable de se bien acquitter de cet emploi ». Pour cette tâche, Jolliet reçut 600ª. Il passa l'hiver en France et rentra à Québec avant le 13 juin 1696 avec la promesse de sa nomination, confirmée le 30 avril 1697, à la charge d'hydrographe. Dans un document de 1692, déjà, on avait donné à Jolliet le titre de maître d'hydrographie: était-ce un lapsus, où bien Jolliet enseignait-il l'hydrographie au collège des Jésuites, sans en avoir officiellement la charge? Quoi qu'il en soit, durant ces années, il fut souvent question de Jolliet et des cartes qu'il pouvait faire pour assurer la navigation dans le fleuve et le golfe. Une de ces cartes nous est parvenue, datée de 1698.

Le 30 avril 1697, Jolliet avait reçu de Frontenac et Bochart de Champigny un petit fief sur la rivière des Etchemins, qu'il n'eut pas lie temps de mettre en valeur. L'hiver, il enseignait au collège des Jésuites; l'été, il résidait vraisemblablement à l'île Anticosti où à Mingan. Malheureusement, les trois dernières années de sa vie se perdent dans l'incertitude. Est-ce dans ses domaines de la côte nord qu'il mourut, dans des circonstances restées inconnues, à l'été de 1700? On n'en sait rien et, malgré d'actives recherches, on n'a pas encore découvert le lieu de sa sépulture.

Ainsi prit fin, entre le 4 mai et le 15 septembre 1700, la remarquable carrière de cet explorateur; son éducation poussée, sa culture, la variété de ses talents autant que son courage et son ambition ont fait de lui l'un des fils les plus grands et les plus illustres de son pays. Né en Nouvelle-France, formé dans ses institutions, Jolliet connut, de son vivant, une renommée internationale: en France, en Espagne, en Italie, en Hollande, en Allemagne, en Angleterre, des ouvrages célébrèrent son nom et la découverte du Mississipi. Sans conteste, le Canadien Louis Jolliet est l'une des plus authentiques et des plus parfaites réussites de cette bâtisseuse d'hommes que fut la Nouvelle-France.

Source: Dictionnaire biographique du Canada en ligne - André Vachon 
Jolliet, Personnalité, - Explorateur Louis (I10817)
 
2016 Louis s'est noyé avec sa mère lors d'une expedition en canot prés de Grande-Anse. Lacroix, Louis (I23413)
 
2017 Louis, baptisé le 15 janvier 1604. Il demeure à La Ventrouze où il exerce la profession de laboureur. Il meurt entre 17 mars 1636 et le 25 octobre 1638, date à laquelle sa mère Renée Roger est dite héritière de défunt Louis Gaignon, son fils.

Source: PREFEN - Programme de Recherche sur l'Émigration des Français En Nouvelle-France 
Gagnon, Louis (I8989)
 
2018 Louis-André, Jacques et Pierre Landry ainsi que d'autres cousins ont travaillé quelques étés pour la compagnie.

Source: Pierre Landry - 1950

La famille compte aussi deux enfants mort-nés
Source: Michel Dubuc - 1950 
Dubuc, Aristide (I1276)
 
2019 Louis-Joseph Papineau, avocat, seigneur et homme politique, né le 7 octobre 1786 à Montréal, fils de Joseph Papineau et de Rosalie Cherrier, décédé le 25 septembre 1871 à Montebello, Québec.

La famille Papineau avait commencé à sortir de l'ombre avec le père de Louis-Joseph, Joseph Papineau, arpenteur et notaire, qui, à l'occasion, construisait des moulins et gérait des seigneuries. Homme politique, il devint lui-même seigneur en achetant du séminaire de Québec, en 1802, la seigneurie de la Petite-Nation. Cette acquisition, qui devait se révéler une bonne affaire, éleva la famille Papineau sur le plan social et coïncida avec la montée des professions libérales dans la société canadienne-française. Il n'est donc pas surprenant, compte tenu du rôle central joué par les Papineau, les Viger, les Dessaulles, les Cherrier, les Bruneau et autres familles alliées, dans la société et la politique bas-canadiennes, d'entendre Louis-Hippolyte La Fontaine, durant la décennie 1840-1850, dénoncer l'emprise politique de ce clan familial. Qu'ils aient eu ou non tendance à former un « family compact », ces groupes familiaux n'en ont pas moins influencé le destin politique du Bas-Canada et du Québec tout au long du xixe siècle. Après tout, la famille était peut-être la plus puissante institution de la société canadienne-française. Louis-Joseph Papineau naquit à une époque où les valeurs monarchiques et nobiliaires exerçaient encore un attrait puissant, et où l'acquisition d'une seigneurie demeurait un élément d'ascension sociale. La transition entre l'état de son grand-père, Joseph Papineau, cultivateur et tonnelier, et son propre statut de seigneur imposant n'a pu s'effectuer sans un cheminement psychologique douloureux.

L'intrusion progressive des valeurs bourgeoises dans la société marqua Papineau. La fin du xviiie siècle voit en effet certains groupes, liés principalement au commerce, commencer à définir le pouvoir politique et social en fonction de critères économiques. Leur attitude vis-à-vis de la richesse source authentique du prestige et du pouvoir, selon eux, différait foncièrement de celle des élites traditionnelles, mais elle allait acquérir de plus en plus de vigueur et d'attrait avec les années. C'est aussi à cette époque qu'apparaît vraiment l'infériorité des Canadiens-français dans les secteurs commercial et industriel: les Britanniques sont devenus les principaux détenteurs de la richesse et les diffuseurs des valeurs bourgeoises. Les années de formation de Papineau se déroulent donc dans un climat de changement de mentalité. Ses attitudes contradictoires, mélange d'hostilité ouverte et d'attirance, à l'égard de la recherche du gain, des commerçants et des Britanniques, datent certainement de ce temps. « Eux seuls, écrira-t-il à propos des Britanniques, ont le ton, la fortune nécessaires pour recevoir. Pas une famille canadienne ne peut le faire [...]. Les ressources du pays sont dévorées par les nouveaux venus. Et quoique j'ai eu le plaisir de rencontrer parmi eux des hommes instruits et estimables, qui me voient avec plaisir, la pensée que mes compatriotes sont injustement exclus de participer aux mêmes avantages m'attriste au milieu de leurs réunions [...]. » Ses attitudes ambiguës à l,endroit de la propriété capitaliste et de la propriété seigneuriale, des droits individuels et des droits collectifs, prouvent aussi son ambivalence profonde devant le message de la bourgeoisie. Le fils du notaire Joseph Papineau ne joignait pas d'emblée les rangs de la bourgeoisie.

En fait le jeune Louis-Joseph Papineau fut soumis à des pressions sociales d'un autre ordre. À beaucoup d'égards, sa famille était peu différente de la plupart des familles paysannes où prédominait l'importance du clan. Ainsi conçue, la famille n'était pas seulement une pourvoyeuse de valeurs et d'attitudes, mais elle était en plus une fabricante de prestige. Les liens d'affection entre ses membres n'empêchaient cependant pas le foisonnement des rivalités. Papineau sera profondément marqué par ce climat familial, qu'il ne remettra jamais en question, du moins consciemment. En ce domaine, il manifestera une intransigeante loyauté à la tradition. Pour lui, le milieu familial était un foyer d'affection, un cadre de sécurité et, selon les circonstances, un refuge face à une société hostile. La famille était en quelque sorte l'envers de la société. Elle n'étouffait ni ne stérilisait l'individu.

Parmi les influences qui pesèrent sur l'existence de Papineau, il faut certes accorder une signification spéciale à celle de son père et de sa mère. À travers les quelques lettres qu'elle a laissées, celle-ci apparaît volontaire, froide, du moins en apparence, autoritaire et d'une dévotion à toute épreuve. Sans doute aimait-elle ses enfants, mais son affection portait un visage austère. Il est évident que Papineau réagira contre la conception de la vie et de la religion proposée par sa mère. Sa rupture ultérieure avec le catholicisme et sa recherche d'une vision plus optimiste du monde l'indiqueraient. Toutefois il ne parviendra jamais à se libérer, malgré ses efforts, de ce pessimisme foncier, peut-être inné mais bien fortifié par son éducation. Toute sa vie, il restera un homme austère qui ne parviendra jamais à la modération et au scepticisme souriant enseignés par certains auteurs anciens dont il lisait les oeuvres. On peut trouver significatif son choix d'une épouse qui projetait une image assez semblable à celle de sa mère.

Son père, homme méticuleux, plutôt bourru et fermé, semble avoir manifesté plus de bienveillance et d'indulgence dans ses rapports avec ses enfants, surtout avec Louis-Joseph qui, raconte John Charles Dent, était aussi le préféré de la mère. Il est certain que Joseph Papineau n'avait pas une grande ferveur religieuse. Il abandonnera le catholicisme, probablement durant les années 1810 à 1820, et n'y reviendra que peu avant sa mort. Il faut ajouter qu'en plus d'avoir été de la minorité favorable à l'établissement d'institutions parlementaires, il s'était révélé un des membres les plus influents de la chambre d'Assemblée. Ses efforts d'adaptation aux nouvelles institutions et son action comme député ont certainement influencé les options subséquentes du fils. Joseph Papineau n'était pas un radical: ce monarchiste professait un libéralisme très modéré.

Ses études primaires terminées, Louis-Joseph Papineau entre au collège de Montréal dirigé par les sulpiciens. À la suite d'un incident qui le met en conflit avec les autorités, ses parents l'envoient, en 1802, continuer son cours au petit séminaire de Québec. Pas plus que la précédente, cette institution ne visait à former des esprits révolutionnaires, voire simplement novateurs. Les programmes d'enseignement y étaient des plus traditionnels. La suprématie du latin y était maintenue et l'enseignement, par son contenu, tendait au rejet de l'héritage du xviiie siècle. La peur de la révolution française et de ses idées animait les professeurs. Le culte de l'autorité et de l'obéissance appuyait une vision aristocratique et hiérarchique de la société. À une époque où les institutions parlementaires invitaient à une modification des comportements politiques, ces institutions cléricales imposaient à leurs élèves la théorie de la monarchie absolue de droit divin. Malgré leur indulgence à son endroit, il est peu probable que ses maîtres aient permis à Papineau de fréquenter les oeuvres de Voltaire ou l'Encyclopédie [...] de Diderot et de d Alembert. Ces livres se trouvaient probablement dans la bibliothèque de son père. Au séminaire, le jeune Papineau avait la réputation d'un élève doué, peu travailleur et grand lecteur. Il était même très actif au sein de la Congrégation de la Sainte-Vierge. À la fin de sa vie, il affirmera avoir perdu la foi au séminaire de Québec. Mais, en 1833, il louait son père « du courage qu'il a[vait] eu de [le] retenir malgré [lui] au Séminaire »; et, en 1804, il avait écrit à son jeune frère, Denis-Benjamin, qu'il incitait à l'étude : « Jamais je n'ai mieux senti qu'actuellement ce que je dois au Séminaire. » Il ne semble pas, malgré tout, que son séjour au séminaire de Québec ait été marqué par la révolte ouverte et par de brutales ruptures. La réalité est moins évidente et plus complexe : ni sur le plan religieux ni ailleurs ses choix ne paraissent avoir été clairs et définitifs.

À sa sortie du séminaire en 1804, Papineau hésite beaucoup devant le choix d'une carrière, pareil en cela à de nombreux « finissants » de l'époque, qui sont mal préparés par le milieu et par leur éducation à s'adapter au changement social. De fait, les options étaient peu nombreuses : une fois qu'un étudiant avait renoncé au sacerdoce, il ne lui restait guère que les professions libérales. Mais l'on peut se demander si l'instabilité de Papineau lui aurait permis d'entrer dans une profession qui l'ait pleinement satisfait, même dans une société plus diversifiée. Il décide d'abord de devenir notaire puis, modifiant son choix, il opte pour la profession d'avocat. Il fait sa cléricature à Montréal dans l'étude de Denis-Benjamin Viger, son cousin, tout en se plaignant de n'avoir plus le temps de lire. Une fois admis à la pratique du droit en 1810, il exerce d'une façon intermittente et continue à clamer son insatisfaction. En 1816, il écrit à son frère : « En vérité, je suis bien esclave en ce moment et cela ne m'attache pas trop fort à un état dont j'étais dégoûté, mais qu y faire ? » C'est l'époque où il commence à chanter les espoirs et les joies sans nom de la vie champêtre. En 1809, il avait été élu député du comté de Kent, amorçant ainsi une longue carrière politique qui ne prendra fin qu après 1850; il représentera les comtés de Montréal-Ouest (1814-1838), de Surrey (1827-1828), de Montréal (1834-1835), de Saint-Maurice (1848-1851) et de Deux-Montagnes (1852-1854). Sans doute la politique lui permit-elle d'exprimer certaines tendances de sa personnalité, mais elle le laissa insatisfait, appelant de ses voeux le jour où il pourrait vivre à la campagne, entouré de sa famille et de ses livres. Pourtant le prestigieux seigneur de Montebello, pas plus que l'avocat déçu et le chef politique adulé, ne trouvera la paix, une fois confiné dans des activités qui jusque-là avaient été davantage des moyens d'évasion que d'épanouissement personnel. Les sources de sa peur étaient en lui. C'est pourquoi Papineau fut et demeura un éternel insatisfait.

Papineau entra à l'Assemblée en plein milieu d une crise politique, qui avait débuté en 1805. Cette crise dont la nouveauté ne fait pas de doute, avait été marquée par l,émergence du nationalisme canadien-français et des partis politiques. Les transformations économiques, démographiques et sociales de la première décennie du xixe siècle sont perçues comme une menace mortelle par les éléments qui prennent conscience de l'existence d'une « nation canadienne ». Les professions libérales, associées aux petits marchands, se vouent alors à la défense des institutions canadiennes-françaises traditionnelles et s'opposent aux marchands anglais, aux fonctionnaires, aux immigrants américains et aux prétendus « traîtres canadiens-français ». Ces élites dépassent cependant le plan de la résistance passive et, par l'entremise d'un parti politique dont les assises se trouvent surtout à Québec, elles mettent au point une stratégie et des théories qui doivent leur donner éventuellement le pouvoir et le contrôle du favoritisme. L'idée de responsabilité ministérielle tend à justifier ce dessein, auquel s'objectent le clergé et les vieilles familles seigneuriales. Durant la crise de 1810, un fossé se creuse entre les clercs et les nouvelles élites politiques.

Bien que son père l'ait mis en garde contre les « prétendus réformateurs » et les « démagogues » et lui ait suggéré de donner son vote selon le mérite des questions, Papineau adhère au parti canadien. Le dénouement, en 1810, de la crise politique précipite la fin du leadership de Pierre-Stanislas Bédard et ouvre une période de contestation entre les différents aspirants à sa succession. Les rancunes prolongées de Bédard à l'égard des Papineau indiquent que ces derniers étaient au fond peu intéressés à la remontée de l'ancien chef. La politique de conciliation du gouverneur, sir George Prevost, allait servir les ambitions du jeune Louis-Joseph Papineau. Elle tendait à réduire au silence les éléments les plus extrémistes ou à les écarter de la direction du parti. François-Xavier Blanchet, Gabriel-Elzéar Taschereau, Andrew Stuart, Louis Bourdages et Jean-Baptiste-Amable Durocher ne parviennent pas à s'imposer à un moment où Papineau fait figure de modéré. James Stuart, le plus sérieux candidat, heurte de front les gouverneurs et, comme le disait Bédard, ne peut prétendre, bien qu'ami des « Canadiens », être un « Canadien pure laine ». En 1815, Papineau est élu orateur (président) de la chambre d'Assemblée, ce qui lui donne un salaire de £1 000 par année. Il apparaît déjà comme le véritable successeur de Bédard.

Le 29 avril 1818, Papineau épouse Julie Bruneau, fille de Pierre Bruneau, marchand à Québec et député à l'Assemblée. L'année précédente, il avait acheté de son père la seigneurie de la Petite-Nation. Malgré les rivalités de toutes sortes qui tiraillent le parti canadien, son autorité ne cesse de croître avec la concentration toujours plus grande des problèmes dans la région de Montréal. La crise de l'union de 1822 allait ajouter à son prestige et à son autorité. Le parti des marchands, désormais en minorité à la chambre, avait soumis au parlement de Londres un projet de loi visant à assurer une union politique de la vallée du Saint-Laurent, condition essentielle à la mise sur pied d'un programme de développement économique, et l'assimilation des Canadiens français. Une violente opposition se manifesta au Bas-Canada; Papineau et John Neilson se rendirent à Londres en 1823 afin d empêcher l'adoption d'une telle mesure. Même si les groupes opposés au projet d'union obéissaient à des motifs divers, Papineau et Neilson n'en apparurent pas moins comme les représentants d'une extraordinaire majorité de la population. Leur mission affecta assez peu le cours des événements en Angleterre, où le gouvernement, devant l'énergique opposition de certains membres de la chambre des Communes, jugea à propos de ne pas représenter ce projet, mais ils eurent cependant la crédit de cette décision. Papineau du reste saura exploiter à des fins politiques le mouvement de peur créé par ce complot attribué aux milieux d'affaires. À son retour, il n'a pas de difficulté à regagner sa place d'orateur de l'Assemblée, que Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal avait occupée pendant son absence.

À partir de 1826, le parti canadien devient le parti patriote. Non seulement il renforce ses assises régionales et locales, tout en restant d'abord un parti montréalais où les Papineau, les Viger et les Cherrier jouissent d'une très grande influence, mais il se donne un organe, le journal la Minerve que dirigera Ludger Duvernay. L'autorité de Papineau, en dépit des rivalités qui continuent à agiter le parti, s'accentue à mesure que les objectifs du parti deviennent plus extrêmes. Le parti regroupe « les éléments les plus divers: la moyenne bourgeoisie canadienne-française, quelques libéraux anglais, les Irlandais, les cultivateurs d'origine américaine établis dans les cantons et les classes paysannes canadiennes-françaises ». Les défections sont sévèrement punies et les rivaux impitoyablement écartés. À cet égard, Thomas Frederick Elliot écrira en 1835 : « Je n'ai jamais vu personne qui parût plus versé que cet orateur canadien dans les artifices et la contenance au moyen desquels un seul homme domine l'esprit d'un grand nombre, et il s'affermit davantage tous les jours dans son autorité, comme eux dans leur obéissance. Tel est l'homme qu'un petit nombre de ses partisans ont la présomption de croire pouvoir mettre de côté lorsqu il ne leur sera plus utile. [...] Un seul coup d'oeil de Papineau subjuguerait tout son troupeau canadien.» En fait Papineau ne s'était pas seulement arrogé l'autorité dont il jouissait, mais celle-ci reposait sur un consensus beaucoup moins conscient que celui dont parle l'abbé Étienne Chartier dans une de ses lettres: «Le malheur pour vous, Monsieur, écrira-t-il à Papineau en 1839, est d'avoir été gâté par cette influence et cette renommée extraordinaires qu'il a été de la politique des Canadiens de vous créer en s'attroupant tous à l'entour de vous, et vous soulevant sur leurs épaules, afin que par cette grandeur factice vous puissiez dominer au-dessus de toutes les sommités tories. »

La pratique, après 1830, de l'obstruction systématique, qui devait forcer le gouvernement anglais à adopter les réformes demandées, fut imposée par Papineau. Mais, à l'intérieur du parti patriote, une aile formée de vrais libéraux parlait d'action révolutionnaire et mettait de plus en plus l'accent sur la transformation sociale. La Fontaine, un des lieutenants de Papineau, et déjà un des aspirants à sa succession, avait bien senti les ambiguïtés de l'idéologie du parti et de son chef. En février 1837, il écrivait à Henry Samuel Chapman: « Des peuples ont reconquis leur indépendance naturelle, en recourant aux armes et en faisant boire à la terre le sang de leurs oppresseurs. [...] Pour remuer les peuples, il ne faut pas se contenter d'agiter des questions purement abstraites. Il faut quelque chose de plus substantiel. Il faut toucher la partie sentimentale: la bourse. Tant qu'une question de cette nature ne sera pas soulevée, l'agitation ne saurait être constante et durable. Dans les circonstances, je n'en vois pas de plus propre à conduire à ce but, que la question de l'abolition des droits seigneuriaux. Les seigneurs et le gouvernement exceptés, tout le monde la désire, quelques soient les nuances politiques. Je suis donc fermement décidé à mettre cette proposition sur le tapis à l'ouverture de notre prochaine session. [...] Le gouvernement, les seigneurs et les hauts petits aristocrates des deux partis s'y opposeront sans doute; mais les masses se réuniront et agiront de concert. » Au fond, le problème soulevé par La Fontaine révèle un conflit encore latent entre des éléments dominants, représentés par Papineau, qui désirent changer le système politique sans toucher à la structure sociale, et un groupe actif mais minoritaire qui cherche à faire la révolution politique et sociale. Le groupe Papineau est fermement opposé à tout changement institutionnel, qu'il touche soit le régime seigneurial, soit la Coutume de Paris soit même le statut du clergé. Ainsi, à l'occasion de la parution du prospectus du journal le Patriote canadien dont Duvernay était l'éditeur, Papineau écrivait à sa femme, le 29 avril 1839 : « Tant qu'il n'y a pas une représentation nationale, qui puisse remédier à des abus dans les institutions provinciales, civiles ou ecclésiastiques, c'est donner des arguments au Gouvernement de l'étranger, pour qu'il détruise brusquement des établissements qui, contenus dans de justes bornes, seront protecteurs des intérêts canadiens, qui abattus par le fanatisme protestant ou philosophique, ne le seront pas au profit du peuple, mais à celui du pouvoir. » L'affrontement entre ces deux groupes ne tenait pas seulement à la différence des stratégies, mais à l'idéologie des uns et des autres.

La pensée d,un homme aussi instable que Papineau, politicien par surcroît, n'est pas facile à cerner. S'il eut tendance à présenter son action sous le signe du désintéressement le plus absolu, du patriotisme le plus pur et de l'obéissance rigide à des principes sacrés, il n'en était pas moins enclin à donner l'image du grand libéral démocrate en lutte contre l'obscurantisme, la corruption et l'oppression de colonisateurs réactionnaires et avides de s'enrichir. C'est pour cette cause qu'il aurait volontairement accepté de sacrifier sa tranquillité et son bonheur. Cette représentation de lui-même par lui-même, qui eut de très nombreux croyants à l'époque et par la suite, appartient plus au mythe qu'à la réalité. Chez Papineau, le nationaliste, lorsqu il n'utilise pas les idéologies nouvelles pour appuyer des objectifs conservateurs, est le plus souvent en conflit avec le libéral et le démocrate.

Papineau avait assumé le nationalisme canadien-français tel qu'il l'avait trouvé à l'époque de Bédard. Ce nationalisme était d'abord voué à la défense des droits linguistiques et des institutions traditionnelles qui n'avaient rien de libéral et de démocratique, bien au contraire. À cet égard, Papineau écrira, faisant le bilan des réalisations principales de la chambre d'Assemblée: « L'établissement ecclésiastique du pays aurait été réduit à rien, le notariat avili, pas un seul Canadien au barreau, et la propriété foncière aurait été taxée pour engraisser une foule d'Européens collecteurs de taxes, si l'Administration n'avait été arrêtée par la résistance d'une Assemblée élective. » Ce jugement traduisait plus qu,un état de fait, il exprimait un élément permanent de la politique et de la pensée de Papineau.

Papineau avait lu les philosophes du xviiie siècle et les penseurs libéraux de son temps et il disait adhérer à leurs doctrines. Par ses déclamations contre la féodalité médiévale, contre les nobles et les aristocrates de tous les temps, voire à l'occasion contre les descendants des anciennes familles seigneuriales canadiennes-françaises, Papineau pouvait paraître un adversaire acharné du régime seigneurial. Les éloges qu'il fait des auteurs de la déclaration de l'indépendance américaine et de la déclaration des droits de l'homme en France laissent supposer qu'il était en faveur de la propriété individuelle et absolue, contre la propriété féodale. En réalité, toute sa vie il restera un partisan du régime seigneurial. Jamais il n'admettra ouvertement que la France avait introduit au Canada aussi bien les servitudes féodales que les servitudes seigneuriales et que le régime servait de soutien à une société hiérarchisée et aristocratique. Cette attitude pourrait s'expliquer par le fait qu'il était lui-même seigneur. Mais Papineau voyait dans la tenure seigneuriale non seulement une institution traditionnelle mais une institution nationale. En 1855, il écrivait encore à Eugène Guillemot, ex-ministre de France au Brésil : « Mon père avait acheté la Seigneurie qu'il me vendit, mu et agité par le désir de sauver les débris de notre nationalité canadienne des étouffements du Gouvernement anglais. Systématiquement ce dernier refusait des terres aux Canadiens et les prodiguait aux hommes de sa race, mais en les plaçant sous les opérations des lois anglaises, embûches de chicanes qui auraient dévoré nos compatriotes qui ne les connaissaient point. » Un an plus tôt, il s'en était pris aux « rouges » : « Les rouges précipitent leur servage par leur anticléricalisme et leur antiseigneurialisme, car le clergé et les seigneurs sont la sauvegarde du pays. » Selon lui, le rôle de la seigneurie avait été de procurer gratuitement de la terre aux Canadiens français et de les protéger contre les Britanniques, particulièrement contre les marchands qui considéraient la terre comme une propriété de type capitaliste. Le régime seigneurial, dans cette perspective, était supposé imposer un frein à la mobilité de la propriété foncière et à la spéculation. Au lieu de concentrer la propriété en quelques mains, ce système tendait, selon Papineau, à répartir également la terre entre les individus. Le seigneur n'était donc pas un grand propriétaire de qui dépendait une masse de censitaires mais l'artisan bénévole de l'égalité. Si on le mettait en face des abus énormes des seigneurs bas-canadiens, Papineau répondait que le système avait dévié de ses fins et qu'il suffisait, par des voies législatives et judiciaires, de restaurer sa pureté primitive.

Après 1830, Papineau devient démocrate. Influencé par Thomas Jefferson et par la démocratie jacksonnienne, il voit dans l'Amérique du Nord le site naturel pour le développement d'une république de petits propriétaires fonciers. « Le Canada, déclarait-il en 1833 dans un de ses discours, pays que l'âpreté de son climat rend pauvre et où ses lois et ses moeurs avaient toujours favorisé la division égale de la propriété, repousse les substitutions, condamne les privilèges de primogéniture, devait être le dernier où l'on dût tenter une mesure aussi inepte. » Cherchant à concilier ses idées démocratiques et son attachement au système seigneurial, Papineau essaie de montrer que la nature canadienne, le système seigneurial et l'idéologie démocratique tendent au même but: l'égalité des conditions. Cette rationalisation à propos de la seigneurie et de ses intentions sociales était une pure vue de l'esprit acceptée par de nombreux partisans du parti patriote. Mais l'aile libérale du parti ne pouvait qu'entrer en conflit avec Papineau sur ce point. La rupture se produisit après l'échec de la première insurrection en 1837. Robert Nelson écrivait alors: «Papineau nous a abandonné et cela pour des motifs personnels et familiaux concernant les seigneuries et son amour invétéré pour les vieilles lois françaises. » Cet attachement intransigeant au régime seigneurial indique que Papineau n'était pas disposé à envisager une refonte du droit civil. Malgré l'admiration qu'il disait avoir pour le code de Napoléon, il est clair qu'il ne pouvait admettre la conception de la propriété qui avait servi de base à cette révolution juridique. Papineau le reconnaissait lui-même: libéral et démocrate en politique mais conservateur en ce qui concerne le « droit sacré » de propriété. On ne peut trouver meilleure définition du conservatisme économique et social. En se refusant à toucher au système seigneurial, il consacrait le statut et les privilèges économiques du clergé.

La pensée de Papineau obéit mal à une logique formelle. Elle fluctue au gré de ses affections et de ses haines, conscientes ou inconscientes, de ses ambitions, de ses intérêts et de ceux qu'il représente. Le chanoine Lionel Groulx parle même d'une « nébuleuse incohérence de la pensée » qui s'accentue avec l'âge. Tout cela concorde assez peu avec les prétentions de Papineau qui posait au philosophe rationaliste et ne manquait jamais une occasion de signaler l'intransigeance et la fixité de ses principes. Cette pensée rigide, mais mal articulée, qu'on pourrait croire le fruit d'un opportunisme conscient, reflète la personnalité complexe de l'homme. Ses idées religieuses en particulier révèlent ses incertitudes profondes. Graduellement, après sa sortie du séminaire de Québec, Papineau se détache du catholicisme. Il en arrive, tout en continuant à croire en Dieu, à rejeter toutes les religions révélées. Il est évident, sans que cela constitue l'explication principale de son évolution religieuse, que l'influence des philosophes du xviiie siècle et du La Mennais des Paroles d'un croyant a été capitale. Il a trouvé dans leurs oeuvres, en plus d'un aliment à son anticléricalisme, des arguments susceptibles d'étoffer ses positions religieuses, politiques et morales. Violemment anticlérical, il se révèle aussi un critique acerbe de l'enseignement religieux, des privilèges de l'Église et de l'union de l'Église et de l'État. Ainsi, à la session de 1831, Papineau appuie fortement le « bill des notables » présenté par Louis Bourdages et qui devait permettre à presque tous les habitants d'une paroisse de participer à l'administration de la fabrique. Il dénonce l'attitude des membres du clergé qui « prétendent former dans l'État, dans la Société civile, au milieu des citoyens tous assujettis aux lois, un ordre privilégié, indépendant [...] et ordonner comment seraient employés une partie des fruits du travail des Citoyens. » Vers 1836, il propose de placer l'enseignement universitaire sous la responsabilité « de la représentation nationale » : « mis sous la direction civile, laïque, avec une tolérance plénière et la plus absolue pour tous, cet établissement [université] produira des bienfaits incalculables; sous la régie d'ecclésiastiques d'une croyance quelconque, un pareil établissement, ne pourrait être et ne sera pas aussi libéral. » De retour d'exil, il se dira encore plus ennemis des nobles, des prêtres et des rois, naturellement ligués contre la liberté et la tolérance sous toutes leurs formes. L'attitude du clergé canadien vis-à-vis du parti canadien et du mouvement patriote, son association étroite avec l'État ont sans doute contribué à accentuer l'anticléricalisme de Papineau. Son expérience religieuse est cependant accompagnée d'une authentique remise en question d'une partie de l'héritage catholique légué à tout Canadien français de l'époque. Dans une certaine mesure, Papineau, en tant que chef politique, a tenté d'ajuster les institutions sociales à ses croyances politico-religieuses. Il voyait certainement la société comme une société laïque avec des Églises séparées de l'État. Il proposa et appuya plusieurs mesures qui allaient en ce sens. Mais, dans ce domaine, il apparaît d'une étonnante timidité pour un libéral déclaré. En réalité, Papineau craignait, en modifiant le statut de l'Église catholique, de faire le jeu des ennemis réels ou supposés de la nation canadienne-française.

Papineau voyait dans le catholicisme une institution nationale possédant, à ce titre, les mêmes vertus protectrices que le régime seigneurial. S'il percevait celui-ci comme le bouclier de la nation contre le capitalisme anglo-saxon, l'Église catholique lui apparaissait comme la sauvegarde de cette même nation contre l'Église anglicane, « l'alliée de la persécution arrêtée contre les Canadiens », et contre un gouvernement « protestant ». Ainsi, en 1826, lorsque Papineau, dans le débat sur le projet de loi visant à accorder aux protestants dissidents le droit de tenir des registres d'état civil, prend fait et cause, au nom de la liberté religieuse, en faveur des presbytériens, des méthodistes et des Juifs, il est clair qu'il cherche d'abord à miner les prétentions de l'Église anglicane. À ce sujet, il écrivait alors à sa femme : « Le fait est qu'il y avait alliance offensive et défensive entre Mr. Mountain [Jacob Mountain, évêque anglican de Québec] et Mr. Sewell [Jonathan Sewell, procureur général du Bas-Canada], dirigée contre les droits politiques et religieux des Canadiens catholiques et de tous autres protestans que de ceux qui voulaient suivre Mr. Mountain. » Un libéral authentique aurait plutôt, en ces matières, parlé des responsabilités de l'État qu'utilisé des arguments inspirés du libéralisme pour défendre et étendre les privilèges des Églises. La vérité est que Papineau a toujours associé étroitement catholicisme et nationalité canadienne-française: « J'avoue pourtant, écrivait-il à propos de son cousin en 1821, que comme voisin je n'aimerais Mgr [Jean-Jacques Lartigue] qu'un peu, de peur qu'il [...] s'avisât de me vouloir prêcher. Mais pour l'avancement de l'établissement du clergé canadien, parce que ses intérêts sont liés à tous les autres intérêts canadiens, je me résignerais encore à cette incommodité comme à toutes les autres que: je ne voudrais pas supporter comme particulier, que je supporte comme homme public. »

Papineau est blessé par l'incompréhension du clergé, qui ne voit en lui qu'un libéral et un démocrate dangereux pour l'Église, et il lui reproche d'assimiler la « souveraineté du peuple » à un renversement du catholicisme, de confondre souveraineté populaire et souveraineté nationale sans se rendre compte que sa véritable influence doit reposer sur l'appui de la nation. Dans une lettre à son épouse, datée du 9 novembre 1835, il disait à ce sujet : « Ils [les prêtres] sont ou fourbes ou inconséquents, quand ils ne voient pas que c'est une maxime à laquelle le gouvernement anglais ne renoncera jamais, que celle qu'il doit nous dénationaliser pour nous anglifier, et que pour parvenir à ce but, il n'a pas moins d'ardeur à attaquer le culte que les lois, les moeurs, la langue du pays. » L'anglophobie obnubilait tellement Papineau qu'il remettait à plus tard, au jour de l'indépendance peut-être, la poursuite de ses objectifs libéraux en matière politico-religieuse. Pendant ce temps, le clergé, sous l'égide de Mgr Lartigue, ajustait son idéologie aux temps nouveaux, sans la libéraliser, et entreprenait une lutte qui devait en quelques décennies lui assurer la suprématie sociale. Papineau n'a pas compris ces orientations nouvelles. Même, après son retour d'exil en 1845, il multipliera les déclarations analogues qui, il faut le dire, n'étaient pas seulement inspirées par son désir de reprendre le pouvoir des mains de La Fontaine. Ainsi, en 1848, il déclarait dans un discours public : « Notre clergé sort du peuple, vit en lui et pour lui, est tout pour lui, n'est rien sans lui. Voilà une alliance indissoluble. Voilà l'Union qui fait la force. [...] Voilà un gage d'indissolubilité pour une nationalité. [...] Comme politique, je répète que l'accord et l'affection entre notre clergé et nous a été et sera toujours, l'un des plus puissants éléments de conservation de notre nationalité. » Ces propos éclairent le conservatisme social de Papineau, inconciliable avec son libéralisme religieux. C'est là qu'apparaissent vraiment les contradictions de l'homme : déiste, il demeurait néanmoins prisonnier de l'institution sociale qu'était l'Église.

Ce conservatisme social, dont le seigneur de Montebello, fréquentant l'église pour donner le bon exemple à ses censitaires, est le symbole, se double d'un conservatisme économique. Certes Papineau avait subi l'influence des physiocrates français, pourtant adversaires de la féodalité, qui avaient exalté la primauté de l'agriculture dans l'économie française; mais cela ne suffît pas à expliquer son « agriculturisme ». Ses conceptions économiques sont nettement dominées par l'idée que la très grande majorité des Canadiens français vit sur des terres et ne participe que très peu aux activités commerciales importantes. Pour lui, l'agriculture est l'activité économique dominante et toute politique économique doit partir de cette constatation. En somme l'objectif vital des Canadiens français doit être la possession de la terre en utilisant le cadre le plus propice à la répartition égale des terres et à une société humaine: le régime seigneurial. Son idéal social, c'est le petit fermier vertueux, et peut-être, éclairé.

Son hostilité au commerce avait sans doute des racines dans la tradition, mais elle provenait aussi du fait que le commerce important était contrôlé par les Britanniques, promoteurs du capitalisme sous toutes ses formes. Ceux-ci, croyait-il, cherchaient à édifier une économie et une société dans laquelle une masse de prolétaires canadiens-français, urbains et ruraux, serait dominée par une minorité de grands possédants d'origine britannique. C'est contre cette éventualité qu'il lutte. Il serait oiseux de voir en lui un socialiste. Lorsqu'il critique la tenure anglaise et le droit civil anglais, ce sont ces tendances qu'il condamne. Lorsqu'il s'objecte à l'établissement de bureaux d'enregistrement, c'est toujours par crainte des mêmes dangers. Cette bourgeoisie d'affaires anglaise, Papineau en arrive à se la représenter comme une aristocratie d'argent, donc artificielle, aspirant à reconstituer au Canada une société fondée sur l'inégalité. « Il me semble, disait-il lors du débat sur les Quatre-vingt-douze résolutions, en 1834, qu'il n'y a rien de plus bas que la noblesse anglaise qui nous vient dans ce pays, tant elle aime les places, tant elle aime l'argent. » À mesure que ses idées démocratiques s'enracinent, le seigneur Papineau voit de plus en plus les classes marchandes comme le produit d'un complot aristocratique fomenté par la métropole elle-même. Ainsi, en s'objectant au commerce du bois, aux investissements massifs dans les transports en pleine révolution, aux banques, il avait conscience de travailler contre les responsables de la sujétion économique des Canadiens français et il pensait aussi abolir une aristocratie en voie de formation. Après avoir recommandé à la population de retirer son argent des banques, il déclarait en décembre 1834, devant les électeurs de Montréal-Ouest: « Ils appelleront cela destruction du commerce, tandis qu'en réalité, il ne fera qu'échapper à des mains ennemies pour tomber en des mains amies. Les producteurs continueront leurs habitudes de travail et d'économie, seules sources importantes de richesse pour un pays. Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas de banques, il n'y aura pas un arpent de plus ou de moins de cultivé. Du moment où il y aura un surplus de produits échangeables, les capitalistes européens en vue du profit qu'ils en retireront le feront acheter. » Cette attitude à l'endroit des institutions bancaires rappelle celle des démocrates jacksonniens. En réalité, ces similitudes ne sont que superficielles.

Cette prise de position est d'ailleurs étonnante chez un homme qui se disait le disciple d'Adam Smith et de Jean-Baptiste Say. Dans la pratique, Papineau n'avait retenu des oeuvres de ces deux économistes que leur philosophie du libre-échange. En fragmentant ainsi leur pensée, il pouvait, en plus de se donner des alliés en Angleterre, combattre les tarifs protecteurs sur les bois et les céréales du Canada. Il s'agissait d'une arme efficace contre les milieux commerçants, ses principaux adversaires politiques. Finalement même ses croyances au libre-échange révèlent l'ultra-conservatisme de sa pensée économique.

Le nationalisme de Papineau est donc fortement enraciné dans son conservatisme économique et social. Même sur le plan religieux, ses visées et ses aspirations libérales sont compromises par cet attachement déterminant à la tradition. Dans cette perspective, son libéralisme politique et son adhésion à l'idéologie démocratique soulèvent des questions analogues, car il semble difficile de concilier conservatisme fondamental et libéralisme doctrinaire. En recherchant les rôles dévolus à ces deux facettes de sa pensée, la contradiction se résout en partie. Il est clair qu'en assumant le nationalisme canadien-français, tel que formulé à l'époque de Bédard, Papineau endossait en même temps la stratégie politique qui, pour mieux protéger l'héritage institutionnel et culturel traditionnel, visait à la prise du pouvoir par une « élite vraiment nationale ». Même si Papineau aura tendance à se présenter comme le « chef national » et le porte-parole autorisé des aspirations et des intérêts de la nation, il n'en demeure pas moins le représentant véritable d'un groupe plus restreint de la société. Ses liens profonds avec les professions libérales qui aspirent au pouvoir et aux bénéfices du patronage, sont à cet égard les plus significatifs. Qu'il se présente comme l'homme de principes au-dessus des factions, comme le symbole à l'état pur d'une volonté de régénération nationale au-delà de toutes les mesquineries de l'action quotidienne, cela tient à la fois à sa personnalité et à l'image qu'il désire projeter de lui-même. Papineau, malgré des aptitudes oratoires qui lui auraient permis de se mettre à la portée du peuple, n'était pas par goût un tribun populaire. La très grande majorité de ses discours s'adressait à une élite plus instruite. Ses amis politiques lui reprocheront même de ne pas entretenir de rapports continus avec la population. Ainsi, lorsqu'il parle du peuple et de la nation, il fait davantage référence à une minorité qui sait les besoins réels du bon peuple. Son libéralisme serait donc ultimement bourgeois ou même aristocratique. En ce sens, il était de son siècle.

Lorsque Papineau entre en politique en 1809, il partage l'admiration sans bornes des élites bas-canadiennes à l'endroit des institutions britanniques. Cet éloge des mérites de la constitution anglaise avait d'ailleurs été fait par Montesquieu, Voltaire et plusieurs autres philosophes du xviiie siècle. Les Anglais étaient au reste les premiers à voir dans leurs institutions politiques un monument incomparable. Papineau écrivait : « Mon éducation est plus anglaise que française. C'est bien dans les publicistes anglais et dans les écrits des hommes publics que j'ai étudié la constitution anglaise. » Il participe à la guerre de 1812 en qualité de capitaine de milice car, à cette époque, Papineau rejetait le républicanisme et la démocratie à la mode française ou américaine. Il demeurait un ardent monarchiste, tout en ayant rompu avec la tradition absolutiste. Si ses attitudes à l'endroit de la « branche aristocratique » ne sont pas claires, par contre sa croyance en la primauté de la « branche populaire » se renforce au cours des années. Dès le début de son engagement politique, il se situe parmi les réformistes. Certes on peut y voir l'influence de John Locke en particulier, mais les influences qui jouent sur lui sont plus variées. Au fond, il est allé chercher chez les constitutionnalistes et chez les politiciens engagés dans l'action, aussi bien dans les colonies qu'en Angleterre, une justification d'options politiques déjà faites. C'est dans son nationalisme qu'il faut chercher la source principale de ses attitudes réformistes. Lors du débat sur les Quatre-vingt-douze résolutions, en 1834, Papineau analysait l'évolution politique de la colonie avant l'Acte de Québec, et il notait : « À cette époque, c'étaient des hommes qui réclamaient leurs droits comme hommes et comme sujets britanniques. On reconnut qu'il y avait des principes conformes au droit des gens, qu'on ne pouvait violer; qu'il y avait une population qui avait des lois, une religion, une langue, des moeurs et des institutions qui devaient lui être conservées. » Son interprétation principale de l'octroi des institutions parlementaires se situe exactement dans la même perspective: le gouvernement anglais, déclarait-il, en 1833, « venait de publier des maximes saines. Il eut fallu ajouter la pratique à la théorie, et nous donner des institutions politiques au moyen desquelles nous aurions pu repousser les agressions tentées contre nos institutions ». Selon lui, la constitution de 1791 devait confier aux Canadiens un instrument politique destiné à assurer la survivance de leur culture et de leurs institutions. Par contre, le fonctionnement de ces institutions après 1792 avait, selon lui, attribué une sorte de suprématie aux gouverneurs, aux fonctionnaires d'origine britannique et aux marchands anglais qui avaient formé une alliance avec les deux groupes canadiens-français les moins conscients des objectifs nationaux: le clergé et les vieilles familles seigneuriales. Les structures politiques, de son point de vue, avaient été manipulées par des éléments hostiles ou peu conscients des intérêts réels de la nation canadienne-française. Quant aux vrais représentants de la nation siégeant à l'Assemblée, leur influence était à peu près nulle. C'est en raison de cette perception subjective des équilibres politiques que Papineau accepte l'idée de la responsabilité de l'exécutif. L'objectif des tenants de cette thèse était de faire passer le pouvoir réel dans les mains de ceux qui formaient ce qu'il appellera plus tard « la représentation nationale ». Après son accession à la direction du parti canadien en 1815, Papineau fait porter la lutte, toujours dans cette perspective, sur le contrôle des fonds publics. Tout en attaquant les ennemis de la nation sur tous les fronts possibles, il fait des subsides la question prioritaire de sa stratégie politique. Derrière les discussions sur le plan des principes et des théories constitutionnelles, Papineau, dont les intérêts sont liés à ceux des professions libérales, mène le combat pour la conquête du pouvoir politique. Son mouvement qui s appuie sur les idées libérales est avant tout d'essence nationaliste. C'est ce libéralisme de surface qui lui vaut le concours des radicaux anglais.

Jusque vers 1830, Papineau reste convaincu que les institutions britanniques constituent un cadre parfait pour la survivance et l'épanouissement de la nationalité canadienne-française. Il suffit pour cela de modeler la constitution locale sur celle de l'Angleterre et d'en admettre l'évolution selon les mêmes principes. D'ailleurs l'appartenance à l'Empire est une garantie contre les États-Unis et, d'une façon générale, contre l'influence américaine. Dans son esprit, la bonne foi de la métropole ne peut être mise en doute. Les adversaires des Canadiens français, pense-t-il, résident dans le Bas-Canada. Ce sont parfois les gouverneurs, mal guidés par leur entourage, mais surtout les hauts fonctionnaires et les marchands. Pour lui, certains groupes à l'intérieur de la nation, tels les clercs et les nobles, représentent un danger, car ils ne comprennent pas leurs vrais intérêts. Il y a aussi tous ceux qui, pour des motifs personnels, se rallient au pouvoir. S'il fulmine contre les uns et les autres, il ne remet jamais en question la validité des liens qui unissent le Bas-Canada à la métropole. Déjà, cependant, au moment de son voyage en Angleterre en 1823, frappé par le caractère aristocratique de la société anglaise, par la pauvreté des masses urbaines, il commence à s'interroger. Puis, dans le Bas-Canada, les malaises économiques et sociaux augmentent le mécontentement dans les milieux ruraux. L'encombrement des professions libérales et l'instabilité de la petite bourgeoisie des campagnes et des villes suggèrent aussi une action politique plus radicale. L'influence de la révolution parisienne de 1830 est une autre invitation à des attitudes plus extrêmes. L'accroissement des tensions sociales entraîne des durcissements dans tous les groupes de la société. Papineau se laisse emporter par ce climat qui le sert. Il faut dire que ses ambitions prennent de l'ampleur au rythme même de ses succès. Malgré les concessions faites par l'Angleterre, le début de la décennie de 1830 1840 marque l'essor de la revendication. La pensée de Papineau tend à s'orienter ailleurs.

Dès lors Papineau croit en l'existence d'un complot entre la métropole elle-même et les ennemis intérieurs des Canadiens français, dont l'objectif serait l'asservissement total de ces derniers par l'implantation d'une société aristocratique dans le Bas-Canada. En décembre 1834, devant les électeurs de Montréal-Ouest, il déclare : « Une nation, n'en sut jamais gouverner une autre. Les affections bretonnes pour l'Irlande et les Colonies n'ont jamais été que l'amour du pillage de l'Irlande et des colonies abandonnées à l'exploitation de l'aristocratie bretonne et de ses créatures. » Cette critique du caractère aristocratique de la constitution britannique, qui visait particulièrement l'existence du Conseil législatif où siégeaient les représentants des milieux d'affaires, prend de plus en plus d'ampleur à mesure que la lutte pour le pouvoir devient plus âpre. En mars 1836, après que William Lyon Mackenzie, chef des réformistes du Haut-Canada, et Marshall Spring Bidwell, orateur de la chambre d'Assemblée du Haut-Canada, eurent fait parvenir à Papineau des extraits des instructions données aux commissaires chargés d'enquêter sur la situation au Bas-Canada, Papineau attaque violemment le système colonial anglais: « Ce n'est que pour placer dans les colonies des cadets dont on ne sait que faire dans la métropole; ce n'est que pour s'assurer une influence européenne, que l'ancien système colonial est conservé. [...] Dans les Canadas comme dans toutes les autres colonies de l'Angleterre [...] il ne peut pas y avoir d'éléments pour composer, de germe pour faire pousser et croître une aristocratie. » Il est bien évident que Papineau cherche à démontrer que le système colonial est un instrument qui permet d'utiliser les institutions britanniques de façon à assurer le contrôle économique, politique et social à une minorité aristocratique importée de Grande-Bretagne. Son rejet des institutions anglaises n'est que partiel et, dans la mesure où celles-ci servent ses objectifs politiques, il leur est fidèle. « On trouvera, écrit-il, dans les publicistes anglais, dans les histoires parlementaires, dans les discours des [Charles] Fox et autres, des maximes sublimes de droit et de liberté publiques [...] en sorte que les ennemis du nom canadien qui veulent donner des bornes si étroites à la liberté anglaise feraient bien mieux d'y aller lire. [...] Il est donc essentiel d'y voir les institutions qui nous conviennent et qui ne puissent jamais nous être arrachées. Du moment que nous avons appartenu à l'Angleterre, nous avons eu droit à des institutions aussi démocratiques que les siennes. On a tenté de nous donner une aristocratie et le système ne se trouve pas applicable. »

La méfiance passée à l'égard des États-Unis fait maintenant place à une admiration sans limites pour les institutions américaines. Dès 1832, Papineau se dit républicain. Si l'influence sur lui de la démocratie jacksonnienne ne fait pas de doute, celles de Jean-Jacques Rousseau et, plus tard, de Charles-Alexis-Henri Clérel de Tocqueville sont aussi présentes. La démocratie américaine était, selon lui, le reflet d'une sorte d'état de nature propre à l'Amérique. Après la révolution américaine, le « républicanisme pur » aurait fleuri en Nouvelle-Angleterre et, par la suite, se serait étendu à tous les nouveaux états. « Mais quelle a été la marche des États-Unis, déclare Papineau en 1834 lors du débat sur les Quatre-vingt-douze résolutions ? À mesure que de nouvelles conventions ont été formées tout a tendu vers la démocratie. Il est donc de la nature des choses que sous un gouvernement où l'influence de la naissance est détruite, où est faible l'influence des fortunes [...] il est donc naturel, [...] qu'il n'y ait point de classes privilégiées. [...] Si donc tous les changements dans cette partie du monde ont tendu à établir le système démocratique, et que ceux des États-Unis qui à l'ouest, établis les derniers, sont les plus démocratiques de tous, il est évident que c'est un ordre de choses particulier à l'Amérique et qu on n'y peut créer d aristocratie. »

Au fond Papineau, tout en retenant de la constitution anglaise ce qui servait sa stratégie politique, puisait dans le modèle américain une justification de principe pour transformer radicalement le Conseil législatif. L'électivité de ce dernier serait, en ce sens, nécessitée par le caractère foncièrement démocratique de la société du Bas-Canada: « Les ministres ont voulu mettre en pleine action et vigueur le principe aristocratique dans les Canadas dont la constitution sociale est essentiellement démocratique, où tout le monde vient au monde, vit et meurt démocrate; parce que tout le monde est propriétaire; parce que tout le monde n'a que de petites propriétés; parce que nous venons au monde, vivons et mourrons dans un pays placé en juxtaposition avec les États-Unis. » Par la responsabilité ministérielle, le parti patriote et Papineau se seraient assuré le contrôle de l'exécutif et de la fonction publique; par un Conseil législatif élu et l'extension du principe électif aux niveaux inférieurs, le parti aurait dominé la seconde branche législative et les autres sources de pouvoir. Dans cette société naturellement démocratique, où le régime seigneurial, la Coutume de Paris et les privilèges de l'Église existaient encore, on comprend que les adversaires de Papineau se soient interrogés sur ses objectifs réels. Ils n'eurent certes pas le sentiment que leurs intérêts économiques et ceux du pays seraient entre bonnes mains si Papineau arrivait à ses fins.

L'idée d'instaurer par des moyens pacifiques une république bas-canadienne, dont naturellement il serait le président, prend forme après 1830. Par la pratique généralisée de l'obstruction et, en particulier, par le refus systématique des subsides, Papineau prétend forcer le gouvernement anglais à opérer des changements radicaux. Néanmoins en 1834, tel que l'illustre son discours aux électeurs de Montréal-Ouest, il se serait contenté d'un statut comportant à l'intérieur de l'Empire une très large autonomie pour le Bas-Canada: « Un gouvernement local, responsable et national pour chaque partie de l'empire, quant au règlement de ses intérêts locaux, avec une autorité de surveillance dans le gouvernement impérial, pour décider de la paix et de la guerre et des relations de commerce avec l'étranger: c'est là ce que demandent l'Irlande et l'Amérique britannique; c'est là ce qu'avant un très petit nombre d'années, elles seraient assez fortes pour prendre, si l'on n'était pas assez juste pour le leur donner. » Les Quatre-vingt-douze résolutions présentées à la chambre d'Assemblée le 17 février 1834 devaient préciser les aspirations et les idées politiques de Papineau. Ces résolutions, préparées par un petit comité comprenant Papineau, Elzéar Bédard, Augustin-Norbert Morin et Louis Bourdages, contenaient le résumé des principaux griefs de la chambre et de ses demandes les plus importantes: le contrôle du revenu par la législature, la responsabilité de l'exécutif, et l'éligibilité des conseillers législatifs. L'année suivante, au moment où un certain nombre de patriotes envisage sans crainte la perspective d'un affrontement violent, Papineau écrit : « Nous ne nous désisterons pas de nos demandes pour l'obtention de la plénitude de nos pouvoirs et droits politiques. [...] Nous espérons mais avec crainte que le gouvernement britannique nous rendra justice. Dans cet espoir nous ne ferons rien pour hâter notre séparation de la mère-patrie si ce n'est préparer et avancer le peuple pour cette époque qui ne sera ni monarchique ni aristocratique. » Cet affaiblissement de la croyance dans les stratégies politiques normales parmi les patriotes montréalais se continue jusqu en 1837, au moment où, en adoptant les résolutions de John Russell, Londres rejette catégoriquement les demandes des Patriotes qu'elle juge excessives. Cette sommation précipite un affrontement qui prend vite le caractère d'un mouvement révolutionnaire. La conduite de Papineau pendant l'insurrection de 1837 n'est pas facile à élucider. Non seulement l'homme y apparaît plus ambigu que jamais, mais il a soin de détruire les documents qu'il sait compromettants. Il avertit ses subordonnés d'en faire autant. Après coup, il soutiendra la thèse suivante: les Patriotes n'avaient pas l'intention de se révolter, le gouvernement les avait forcés à se défendre afin de les mieux écraser, lui-même avait déconseillé tout recours aux armes. Il déclarera aussi n'avoir eu aucun rapport avec la Banque du Peuple, admettant ainsi le bien-fondé des accusations portées contre cette institution. Il dira n'être allé à l'assemblée de Saint-Charles qu'en passant et n'avoir quitté Saint-Denis au début du combat qu'à la demande expresse de Wolfred Nelson. Selon son interprétation, il était censé se mettre à l'abri afin de pouvoir agir comme négociateur dans l'éventualité d'une défaite. Il est évident que, dans son ensemble, cette explication ne résiste pas à un sérieux examen des faits. C'est au cours des mois d'avril et de mai 1837 que les Patriotes mettent au point leur stratégie. L'unanimité ne semble pas avoir régné parmi eux. L'aile radicale dominée par les Nelson, Cyrille-Hector-Octave Côté, Édouard-Étienne Rodier, Amury Girod, et Thomas Storrow Brown, a certainement opté pour des mesures franchement révolutionnaires. Papineau, de son côté, représentait les éléments plus prudents et plus modérés, et il paraît avoir favorisé une tactique plus compliquée. Il s'agissait pendant un premier temps, tout en préparant l'opinion à une lutte armée, de maintenir l'action dans les limites de la « constitutionnalité ». Il pensait qu'en agitant la population et en boycottant les produits taxés, on forcerait le gouvernement anglais à céder enfin. Le Comité central et permanent du district de Montréal, réorganisé le 15 mai 1837, devait, sous la direction de Papineau, coordonner l'action des Patriotes à travers toute la province. Si toutefois ces méthodes se révélaient inefficaces, il se rallierait alors à l'idée d'un coup de force. Dans cette éventualité, le soulèvement armé ne devait avoir lieu qu'en décembre, après la prise des glaces. Le 10 mai 1837, Papineau rédige deux testaments. En 1839, l'abbé Chartier écrira : « C'est malheureux que lord Gosford [Acheson] n'ait pas différé son attaque après le 4 décembre, jour pour lequel tous les chefs étaient notifiés de se trouver à St-Charles, et où vous auriez eu à signer une déclaration d'indépendance: vous n'auriez pas aujourd hui à vous défendre que vous ne vouliez pas une révolution, parce qu'aucun papier ne vous compromet.» L'abbé Chartier ajoute avoir lui-même détruit une note envoyée par Papineau à Jean-Joseph Girouard. En plus d'être largement connu parmi les Patriotes bas-canadiens depuis au moins juin 1837, ce plan avait aussi été communiqué aux révolutionnaires haut-canadiens. De même les rapports entre la Banque du Peuple, ou certains de ses éléments, et le mouvement révolutionnaire sont encore plus mal établis, mais ils semblent de plus en plus plausibles. En novembre 1839, l'abbé Chartier écrira: «Pour de l'argent, la Banque du Peuple qui comptait à peine une année d'existence, n'était-elle pas entendue universellement avoir été établie en vue de la révolution et pour l'aider ? N'est-ce pas ce motif que les actionnaires ont adroitement fait circuler, qui lui a valu le succès si rapide qui a couronné cet établissement si patriotique ? Eux aussi les lâches directeurs de cette banque auront un terrible compte à régler au jour des rétributions populaires, et ils ne paraissent même pas s'en douter.» Plusieurs des directeurs et des actionnaires, pour la plupart amis et parents de Papineau, furent mêlés d'une façon ou d'une autre aux événements révolutionnaires. Avant de quitter Montréal, Papineau est en contact continuel avec Louis-Michel Viger, son cousin, président de la banque. Interrogé en 1840 par l'abbé Chartier sur ses relations avec cette institution, Papineau lui répondra: «qu'il s'était toujours opposé à l'établissement de la Banque du Peuple et qu'il avait prédit à Ls-Michel Viger qu'elle serait le tombeau de sa popularité et même de son patriotisme ». En somme il ne niait pas les liens entre la banque et le mouvement. L'abbé Chartier termine en disant: «J'ai été bien aise d'apprendre qu'il n'avait rien à faire avec cette banque qui a si fort trompé les espérances des Canadiens. » D'autre part, pendant les insurrections, le bruit circulait qu'advenant le triomphe des Patriotes, cette institution deviendrait la banque « nationale » et que les autres banques seraient éliminées. De même l'arrivée soudaine d'Édouard-Raymond Fabre, un des directeurs de la banque, à Saint-Denis, juste avant la bataille, son entretien avec Papineau et son départ non moins soudain soulèvent des questions. Charles Dansereau déclarera en 1840: «À ma meilleure connaissance, personne n'est venu dire à Mr P. [Papineau] et O Callaghan [Edmund Bailey O Callaghan] de s'esquiver et que c'était les ordres du Dr [Wolfred] Nelson. S'il y a eu quelqu'un pour faire partir Mess Papineau et O C : ça ne peut être autre que Mr Fabre [...]. » Tout cela, à vrai dire, ne peut servir qu'à étoffer une hypothèse qui, vérifiée, permettrait de découvrir certains intérêts, minoritaires mais puissants, qui ont influencé le cours des événements révolutionnaires et, très probablement, le chef suprême.

Une fois la série des grandes assemblées de comté amorcée, Papineau perd vite le contrôle d'une fraction des chefs révolutionnaires qui prêchent ouvertement la révolte et cherchent à orienter le mouvement vers une révolution de caractère social, ce que sans doute les dirigeants de la Banque du Peuple et Papineau ne souhaitaient guère. Papineau pour sa part, même s'il recommande de s'en tenir aux moyens légaux, encourage, par ses propos, les initiatives de caractère révolutionnaire. C'est ainsi que l'Association des Fils de la liberté voit le jour: divisée en deux sections, civiles et militaires, elle « reproduisait la double intention du plan de résistance » prôné par Papineau. Cette poussée d'agitation culmine au moment de la grande assemblée de Saint-Charles qui, le 23 octobre 1837, émet une déclaration des droits de l'homme. Quelques jours plus tôt, la femme de Papineau avait informé son fils Lactance, alors étudiant à Saint-Hyacinthe, que son père lui rendrait peut-être visite après l'assemblée. Papineau se rend à Saint-Charles accompagné d'une escorte armée. Cette assemblée marque vraiment un tournant. Pour les éléments radicaux, elle constitue une quasi déclaration d'indépendance et le début d'une épreuve de force entre eux et le gouvernement. Quant à Papineau, il prêche encore l'usage des moyens pacifiques. Oubliant la nature révolutionnaire de plusieurs résolutions passées à cette occasion, il reprochera plus tard aux radicaux d'avoir par leur conduite incité le gouvernement à intervenir avant le moment fixé pour le soulèvement.

Après l'assemblée de Saint-Charles, la conduite de Papineau paraît de plus en plus ambivalente. Incontestablement il a peur. En particulier le comportement des radicaux l'effraie mais, en même temps, le sert. Ses entrevues avec Denis-Benjamin Viger, avant son départ forcé de Montréal, sont significatives des tiraillements de l'homme. La décision du gouvernement de procéder à l'arrestation des chefs et d'intervenir militairement l'oblige à se rendre dans la vallée du Richelieu. Une fois arrivé à Saint-Denis, il agit à la fois comme chef suprême, distribuant des généralats, et comme chef de la section civile. C'est probablement au moment de la création de ces sections civile et militaire qu'aurait été prévue, peut-être sous l'inspiration directe ou indirecte de Papineau lui-même, la mise à l'abri en cas d'urgence militaire des deux animateurs de la section civile: Papineau et O Callaghan. Dans cette perspective, la visite d'Édouard-Raymond Fabre, après l'arrestation de Louis-Michel Viger, qui avait sans doute des nouvelles importantes à transmettre, aurait seulement précipité le départ des deux hommes. Une fois rendu aux États-Unis, Papineau y voyage sous un nom d'emprunt. Entre temps, il avait oublié son rôle de négociateur.

Les mois qui suivent marquent la rupture entre Papineau et les éléments les plus radicaux du mouvement [V. Nelson]. Le chef patriote avait rencontré des Américains influents, prêts à seconder une expédition de revanche. Ce plan échoue lors de l'assemblée des réfugiés, tenue à Middlebury, Vermont, par suite du refus de Papineau d'accepter une déclaration d'indépendance comportant l'abolition des droits seigneuriaux, du droit coutumier et des dîmes. Son intransigeance, davantage que des divergences sur les stratégies, explique la profonde mésentente qui divise peu à peu les réfugiés. Il est possible que la question religieuse ait aussi été pour quelque chose dans ce conflit. Le docteur Thomas Fortier, de Gentilly, écrira à Duvernay en 1840: «Je ne suis ni Jésuite ni bigot; mais quand on veut révolutionner un peuple ignorant, il faut connaître son génie et ne point froisser ses préjugés, mais plutôt s'en servir pour le stimuler. Vos criailleries contre le clergé et les dîmes ont jeté l'épouvante dans ce corps, il a pris l'alarme; il a cru que vous suivriez la marche des révolutionnaires français, que vous les  
Papineau, Seigneur de La Petite-Nation Louis-Joseph (I9881)
 
2020 Au moins une personne vivante ou marquée privée est liée à cette note - Les détails ne sont donc pas publiés. Famille: En vie / Lorraine Charron (F13517)
 
2021 Au moins une personne vivante ou marquée privée est liée à cette note - Les détails ne sont donc pas publiés. En vie (I10781)
 
2022 L’abbé Léonce Vézina, curé fondateur de la paroisse Saint-Ludger, en poste de 1905 à 1942. Vézina, Léonce Ptre (I21618)
 
2023 M. Mike Duguay

Mike Duguay, de la Villa St-Joseph de Tracadie est décédé le vendredi 24 juillet a la Villa à l'âge de 75 ans. Originaire de Tracadie, il était le fils de Richard et Elizabeth (Drisdelle) Duguay.
Son épouse Caroline (née Sivret) Faudel-Duguay l'a précédé dans la tombe.
Il laisse dans le deuil trois soeurs et deux frères: Mme Ida Allain, de Bouctouche; Mme Clara Allard, du Massachusetts; Mme Liliann Bennett, de Hartford, Conn.; Clifford, de Tracadie, Frank, du Maine.
La dépouille mortelle est exposée au salon funéraire Robichaud de Tracadie. Les funérailles auront lieu cet après-midi à 15h en l'église St-Jean-Baptiste de Tracadie avec inhumation dans le cimetière paroissial.

L'Evangéline Moncton, NB
Lundi, 27 juillet 1981 
Duguay, Alfred Michel (I18127)
 
2024 M. Yvon Auger 1938 - 2013
Au réservoir Blanc, le 11 février 2013, est décédé à l'âge de 74 ans et 4 mois, M. Yvon Auger conjoint de Mme Denise Lesieur, fils de feu Anatole Auger et de feu Cécile Lacroix, demeurant à La Tuque. La famille accueillera parents et ami(e)s à la : Résidence funéraire Perreault et fils inc. 602, rue Commerciale La Tuque Heures d'accueil : vendredi de 19 h à 22 h, samedi, jour des funérailles, à partir de 12 h. Les funérailles auront lieu le samedi 16 février 2013 à 14 h en l'église Saint-Zéphirin de La Tuque. L'inhumation aura lieu au cimetière paroissial. M. Auger laisse dans le deuil outre sa conjointe, son fils Guy Auger; son petit-fils Luis Moisa (Nathalie Cavaco); ses soeurs et son frère : Pierrette Auger (Gabriel Dupuis), Lise Auger, Monique Auger (Stéphane Campeau) et Robert Auger (Pierrette Desaulniers); ainsi que plusieurs neveux, nièces, cousins, cousines et de nombreux parents et ami(e)s. La famille désire témoigner sa reconnaissance auprès de M. André Brassard. Des dons à la Fondation des maladies du coeur du Québec seraient appréciés

Source: Le Nouvelliste - 20130214 
Auger, Yvon (I988)
 
2025 Madeleine aimait peindre. Brunet, Madeleine (I11095)
 
2026 Madeleine et Jacques ont eu 6 enfants

'''Source: Programme de Recherche sur l'Émigration des Français En Nouvelle-France'''

'''Marie-Madeleine PLOUARD'''

Statut Mariée
Date de baptême 01-05-1653
Lieu d'origine Dieppe (Le Pollet, St-Pierre de Neuville) (Seine-Maritime) 76217
Parents Michel PLOUARD et Jeanne Fouquet
Métier du père Maître de navires
Première mention au pays 1667
Occupation à l'arrivée '''Fille du Roi'''
Date de mariage 21-01-1670
Lieu du mariage Montréal (Notre-Dame)
Conjoint Jacques Viau dit L'Espérance
Date de décès Entre le 14-05-1683 et le 10-04-1684
Identification* DGFQ, p. 1124
Chercheur(s) Émile Vaillancourt
Référence* NOR, p. 210
Date de modification 2011-11-14

'''Source: Fichier Origine''' 
Plouard/Plouart, Madeleine (I6718)
 
2027 Madeleine était une Algonquine. Couc, Marie Madeleine (I5634)
 
2028 Madeleine selon le Centre d'études acadiennes - Université de Moncton. Belliveau, Marguerite (I245)
 
2029 Au moins une personne vivante ou marquée privée est liée à cette note - Les détails ne sont donc pas publiés. En vie (I10750)
 
2030 Maintenant quartier de Montréal, QC Durand/Desmarchais, Pierre (I3557)
 
2031 Maire de Rivière-du-Loup de 1917 à 1923. Il a eu 11 enfants.
Source: Site de Serge Viel
En 1901, la domestique Hélène Rioux vivait avec eux.
Source: Recensement Canada - 1901 
Viel, Joseph (I2500)
 
2032 Marc Rousseau

À La Tuque au Centre de santé et de services sociaux du Haut-Saint-Maurice, le 4 janvier 2015 est décédé à l'âge de 82 ans, M. Marc Rousseau, conjoint de dame Jeanne-Mance Lavoie, demeurant à La Tuque.
La famille accueillera parents et ami(e)s à la Résidence funéraire Perreault & Fils inc., 602 rue Commerciale, La Tuque. Heure d'accueil: vendredi, jour des funérailles à partir de 9 h 00. Les funérailles auront lieu le vendredi 9 janvier 2015 à 10 h 30, en l'église St-Zéphirin.
M. Rousseau laisse dans le deuil outre sa conjointe , ses enfants: Ronald, David et Andrew; les enfants de sa conjointe: Roger Martel (Lise), Diane Martel (Réjean), Réjeanne Martel (Yvon), Carole Martel (Yves) et France Martel(Gilles);ses 15 petits-enfants, 18 arrière-petits-enfants, ses frères et ses soeurs: Bernard, Robert, Claude, Blanche et Pierrette et leur conjoint(e); ses belles-soeurs: Irène Lavoie, Colette Lavoie, Annette Lavoie, Liliane Lavoie et Ghislaine Lavoie (Émilien Otis); sa filleule Cara Nevin, ainsi que plusieurs neveux, nièces, cousins, cousines et de nombreux ami(e)s.
La famille désire témoigner sa reconnaissance au personnel du 4e étage du CSSS du Haut-St-Maurice pour les excellents soins prodigués lors de son hospitalisation. Des dons à la Fondation du CSSSHSM seraient appréciés.

Renseignements: téléphone: (819) 523-3566, télécopieur: (819) 523-2701, courriel: rf.perreault@tlb.sympatico.ca 
Rousseau, Marc (I20505)
 
2033 Marcel Pepin, dirigeant syndical (Montréal, 28 février 1926-id., 6 mars 2000). Issu d'un milieu modeste, il devient une figure de proue du monde syndical dans la seconde partie du XXe s., consacrant sa vie à l'avancement de la classe ouvrière. Marcel Pepin est intervenu publiquement jusqu'à la fin pour défendre les droits du Québec et ceux des moins bien nantis, syndiqués ou non.


C'est à l'École des sciences sociales de l'U. Laval de Québec, célèbre lieu de contestation du régime de DUPLESSIS, qu'il fait ses études supérieures. Il s'engage immédiatement dans le syndicalisme au sein de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), qui prend le nom de CONFÉDÉRATION DES SYNDICATS NATIONAUX au moment de sa déconfessionnalisation en 1960.

De 1949 à 1961, Marcel Pepin agit comme négociateur à la Fédération nationale de la métallurgie. Il accède au Comité exécutif de la CSN en 1961, prenant, au poste de secrétaire général, la relève de Jean MARCHAND, élu à la présidence de la centrale.

Devenu président en 1965, Marcel Pepin, jusqu'en 1976, imprègne à la CSN une orientation nettement plus radicale, en même temps qu'il est étroitement associé à plusieurs réformes majeures de la RÉVOLUTION TRANQUILLE: syndicalisation de la fonction publique, création du RÉGIME DES RENTES DU QUÉBEC, de la CAISSE DE DÉPÔT ET PLACEMENT DU QUÉBEC, de la SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DE FINANCEMENT. Ses rapports livrés au congrès biennal, Une société bâtie pour l'homme, Le deuxième front, Un camp de la liberté, Pour vaincre, Vivre à notre goût et Prenons notre pouvoir tracent la voie à un syndicalisme plus vigoureux et combatif, prenant en compte la dimension politique de l'action syndicale. Partisan de la plus grande unité possible dans l'action, il est l'initiateur et le principal acteur du premier Front commun intersyndical de 1972, dont l'objectif est le relèvement des plus bas salaires. C'est au cours de cette négociation, qu'en compagnie de Louis Laberge (FTQ) et de Yvon Charbonneau (CEQ), il est condamné à un an de prison pour outrage au tribunal (voir GRÈVES DU FRONT COMMUN).

Marcel Pepin est le premier Canadien à diriger une organisation syndicale internationale. Président de la Confédération mondiale du travail (CMT) de 1973 à 1981, il conduit plusieurs missions syndicales pour le respect des droits humains et syndicaux dans des pays dirigés par des dictatures. Tant comme président de la CSN que comme président de la CMT, il dénonce avec virulence le système capitaliste.

De 1980 à 1990, il enseigne à l'École des relations industrielles de l'U. de Montréal. Il collabore durant cette période à la création de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université.


L'Encyclopédie canadienne
Auteur: Michel Rioux 
Pepin, Marcel (I18274)
 
2034 Mareschal - Guilleaume Trahan âgé de soixante ans ou environ sa femme Magdeleine Brun âgée de 25 ans, Leurs enfans trois. Guilleaume Traham âgé de quatre ans, Jehan Charles âgé de trois ans,Alexandre âgé d'un an, Leurs bestiaux a cornes huict et dix brebis, Leurs terre en labour cinq arpans.

Source: Retranscription du recensement de 1671 : Familles establies à l'Acadie - Port-Royal

Guillaume TRAHAN est originaire de MONTREUIL-BELLAY (ANJOU) né vers 1600, de la paroisse Saint-Pierre, fils de Nicolas TRAHAN et Renée DESLOGES (plusieurs actes sont visibles dans les archives Bms).
Il épouse Françoise CORBINEAU, le 13 juillet 1627, à CHINON (Saint-Etienne) en TOURAINE. Il réside ensuite à BOURGUEIL en ANJOU, paroisse Saint-Germain, près du château de Razilly (berceau de Claude et Isaac de Razilly qui ont engagé Guillaume TRAHAN et Pierre MARTIN pour l'ACADIE, le 1er avril 1636). Leur fille Jeanne sera la future épouse de Jacques BOURGEOIS, un des pionniers de l'ACADIE, qui est parti sur le SAINT-FRANCOIS, de LA ROCHELLE, vaisseau des Razilly, le 7 mai 1641).
Documents authentiques retrouvés par Jean-Marie GERME, qui a organisé les célébrations du 350ème Anniversaire à Bourgueil, Chinon et Montreuil-Bellay les 12 et 13 juillet 1987 avec le groupe de Marcel TRAHAN de MONTREAL et les TRAHAN de FRANCE qu'il a retrouvé à la LIGNE ACADIENNNE (Archigny/Cenan/Saint-Pierre-de-Maille), ayant, seul, fait les recherches ascendantes et descendantes des TRAHAN.
Source:Association Les Amities Genealogiques Canadiennes-Françaises (AGCF) 
Trahan, Guillaume (I694)
 
2035 Marguerite s'est noyé avec son fils Louis lors d'une expédition en canot prés de Grande-Anse. Walker, Marguerite (I1236)
 
2036 Mariage #11 du registre de la paroisse Saint-Joseph-de-Chambly de 1849. Famille: Athanase Hébert / Olésyme Demers (F8968)
 
2037 Mariage 123 - le mariage eut lieu au logis de M. Jean Guyon et enregistré à Notre-Dame-de-Québec. Famille: Simon Guyon / Louise Racine (F10750)
 
2038 Mariage à Boston et réhabilitation à Port-Royal - note l'anée doit se lire 1706. Famille: Jean Clémanceau / Anne Roy/Laliberté (F12255)
 
2039 Mariage à St-Joachim du Cap Tourmente. Famille: Noël Gagnon / Geneviève Fortin (F12691)
 
2040 Mariage annulé et réhabilité le 27 mai 1906. Famille: Jean-Baptiste Brazeau / Albertine Séguin (F406)
 
2041 Mariage avec Geneviève Morisset réhabilité, le 11 février 1755, à Berthier, avec dispense du quatrième au quatrième degré.

Source: Cyprien Tanguay - Dictionnaire généalogique des familles canadiennes 
Dion, Jean-Baptiste (I8868)
 
2042 Mariage de Fidèle HÉBERT avec Marie Amanda LANDRY (Officiant religieux). Le 31 août 1943 - Allardville, NB, Église du Christ-Roi Daigle, Xavier Ptre (I21794)
 
2043 Mariage en 1817 par Ph. Aug. Parent, Ptre Miss.
De Bonaventure Savoie de Nigawck
Charles Brault, beau-frère de l'époux
Joseph Arsenault, père de l'épouse 
Savoie, Bonaventure (I673)
 
2044 Mariage entre 28 juil & 17 sept 1840. Famille: Fabien Daigle / Thérèse Robichaud (F5201)
 
2045 Mariage réhabilité le 8 juin 1812 - Registre Tracadie Famille: Charlemagne Bastarache / Théotiste Doiron (F1466)
 
2046 Mariage vers 1766, possiblement une CHIASSON. Il a fait souche à Tignish, IPE.

Source: Centre d'études acadiennes - Université de Moncton 
Arsenault, Pierre (I4450)
 
2047 Marié - Etienne Réaume (s)
Mariée - Marie Anne Beaudon
Témoin - Joseph Beaudon
Témoin - Jean-Baptiste Régneau
Témoin - Laurent Réaume (s)
Officiant religieux - Jn Harper ptre 
Famille: Etienne Rhéaume / Marie Anne Beaudon (F14206)
 
2048 Marié à ... Pletz Rivest, Marie-Jeanne (I18888)
 
2049 Marie Appollina Vinette (s)
William Michael Cappiello (s)
Témoin - Joseph Vinette, père (s)
Témoin - Giuseppe Cappiello, père (s)
Officiant religieux - Maxime Pilon, ptre 
Famille: William Michael Cappiello / Appolline Vinette/Vinet (F417)
 
2050 Au moins une personne vivante ou marquée privée est liée à cette note - Les détails ne sont donc pas publiés. En vie (I2492)
 

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